Nos danses traditionnelles

Comme beaucoup de groupes autochtones, les Micmacs avaient leurs façons de danser distinctives. Vous pouvez voir aujourd’hui, dans la koju’a, des danses anciennes que les Micmacs ont revitalisées (voir la section ci-dessous). Les danses pouvaient être formelles ou informelles. Les nskawaqn sont des danses formelles, ordonnées, tandis que les danses informelles sont appelées amalkay, soit « n’importe quelle vieille façon de danser; il suffit de bouger le corps ». (Bernie Francis, 11 octobre 1991, communication personnelle.)

Certaines danses imitent les mouvements des animaux. Dans la danse du serpent, les danseurs se déplacent au sein d’une ligne qui louvoie, en s’enroulant et en se déroulant comme le font les serpents. Dans d’autres danses, on plonge comme les oiseaux et on imite leurs cris. Cela permettait aux gens de se connecter à la fois avec l’esprit animal et avec la nature. De plus, les danses pouvaient aider les chasseurs à parfaire leurs cris d’animaux pour attirer plus facilement le gibier. Pierre Maillard, un missionnaire du XVIIIe siècle, a écrit que ces danses pouvaient être incroyablement réalistes :

 

« Il était particulièrement admirable pour le leurre des outardes, grâce à ses imitations. (…) Il avait, en outre, une manière particulière de mouvoir son corps. À distance, on pouvait croire au battement des ailes d’un oiseau, de sorte qu’il nous a maintes fois bernés, alors qu’il sortait de sa cache. » (Maillard, 1758 : 11.)

D’autres danses viennent aussi appuyer les croyances, la vision du monde, la structure sociale et les valeurs des Micmacs.

  1. a) Chansons et instruments

Les Micmacs ont des chansons et des danses pour la chasse, la guerre, le commerce, l’amour, la cour, le mariage, le divorce, la médecine, la mort, les taquineries et les fêtes. Leurs chansons et leurs danses relatent aussi des événements historiques, comme l’arrivée des Européens. (Sable 1996b : 11.) Parfois, les chansons et les danses sont spontanées, mais il s’agit surtout de pièces de patrimoine familial transmises comme d’autres Canadiens héritent d’or ou d’argent.

Traditionnellement, seuls les hommes chantaient. Les femmes chantaient aussi, mais généralement, elles ne chantaient qu’à la maison, pour enseigner les chansons à leurs enfants. Cependant, cet usage a changé. Désormais, les femmes chantent publiquement dans leurs communautés pour contribuer à la préservation de la culture micmaque.

Ben Christmas, un Aîné micmac qui vivait dans la réserve de Membertou, au Cap-Breton, a évoqué une chanson courtoise spéciale. Son récit décrit aussi en détail la façon dont les Micmacs se mariaient avant l’implantation du catholicisme. Un jeune homme annonçait à ses parents et au chef de sa communauté qu’il était prêt. La communauté se réunissait, y compris les filles qui souhaitaient épouser le jeune homme.

 

« Une fois toutes les filles assises, le jeune homme commençait à chanter. Il chantait la chanson de chasse, parce qu’après tout, il était en “chasse”. Il dansait près de la fille qu’il aimait. En venant danser près d’une fille en particulier pour la troisième fois, il indiquait qu’il la choisissait comme épouse. Ensuite, le chef les mariait. Après le mariage, on tenait un grand festin. Les gens chantaient, mangeaient et dansaient. Parfois, ces noces duraient deux ou trois jours. » (Ben Christmas, cité dans le Cape Breton’s Magazine, 25, 1968 : 9.)

Bernie Francis, un linguiste micmac, a traduit la chanson de chasse. Elle va à peu près comme suit : « Je peux voir sur trente miles/Je peux voir notre nourriture venir vers nous/“Mes amis, poussez pour moi”, les implora-t-il/Je crois que nous avons quitté nos terres natales. » (Ibid.)

Cependant, les chants et les chansons ne portaient pas toujours de sens que les mots pouvaient décrire. Parfois, ils servaient surtout à exprimer des émotions et à entrer en communion avec un pouvoir spirituel. Par exemple, Bernie Francis a écrit qu’il ne pouvait pas traduire le chant I’ko, la chanson du festin. Le chant I’ko accompagne un neskawet, une danse cérémonielle qui honore un nouveau chef ou, dans l’ancien temps, permettait de se préparer pour la guerre (voir la section ci-dessous).

  1. Francis a expliqué : « Il est presque impossible pour moi d’essayer d’expliquer à quelqu’un ce que ce chant signifie, à moins que ce soit moi qui chante et qui ressente les choses, au moment où je chante. » (Bernie Francis, cité dans le Cape Breton’s Magazine, 25, 1968 : 11.)

Les chanteurs battent généralement le rythme avec un ji’kmaqn. Cet instrument de musique spécial est constitué d’une pièce de cèdre d’environ un pied de long séparée en plusieurs fines bandes, avec une extrémité non fendue qui sert de manche.

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Le ji’kmaqn produit un bruit de claquement quand un chanteur le frappe sur sa cuisse ou sur la paume de sa main. Si vous voulez entendre un ji’kmaqn, cliquez ici.

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Parfois, pour la danse du serpent, les chanteurs utilisent un hochet fait d’une corne ou d’une capsule de bois recouverte de peau de poisson et remplie de cailloux, ou même de chevrotine, depuis l’introduction des fusils. (Whitehead et McGee, 1983 : 26.)

À notre connaissance, les Micmacs n’ont jamais utilisé, avant la fin du XXe siècle, ce que nous appelons généralement un « tambour ». Les Micmacs avaient des instruments à percussion, mais aucun d’eux n’utilisait un cylindre en bois ou en métal recouvert d’une membrane ou d’une peau que des musiciens auraient battue avec une baguette.

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  1. b) Vêtements

Les tenues cérémonielles ont toujours été si importantes qu’une danseuse et enseignante micmaque, Beverly Jeddore, explique ce qui suit : « Vous n’êtes pas seulement un danseur. Votre tenue cérémonielle est aussi un danseur à part entière. Vous devez vous assurer que votre tenue cérémonielle “danse”. » (Beverly Jeddore, 21 janvier 2006, communication personnelle.) Avant l’arrivée des Français en Nouvelle-Écosse en 1604, tout ce que les Micmacs utilisaient et portaient venait des terres. Leurs vêtements et leurs robes étaient faits de peaux d’animaux, comme l’orignal (tia’m), le caribou (qalipu), le castor (kopit) et l’ours (muin).

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Alors que les hommes chassaient les animaux, ce sont les femmes qui confectionnaient les tenues cérémonielles et les paraient de magnifiques dessins à l’aide de peintures minérales comme l’ocre rouge et jaune. Les femmes y cousaient de petits cônes de cuivre appelés « cônes à clochettes », qui étaient autrefois fabriqués avec du cuivre local. Elles y attachaient aussi des dents d’animaux ou des ergots de cerfs. Ceux-ci ajoutaient aux sons et aux mouvements de la danse.

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Les tenues cérémonielles micmaques ont changé depuis l’arrivée des Européens. Les femmes ont commencé à ajouter des rubans, des passepoils de laine, ainsi que des perles de verre et de métal. Les tenues faisaient encore écho aux motifs traditionnels micmacs, comme le motif à double courbure, mais elles ont également commencé à incorporer des motifs floraux européens. (Whitehead, 1980 : 22.)

Traditionnellement, les hommes et les femmes portaient des coiffes distinctives. Les hommes portaient une coiffe perlée « à oreilles de chien », au moins pour les cérémonies, et les femmes portaient une coiffe pointue ornée de perles. La plus ancienne qui nous soit parvenue date de 1780. (R. Whitehead, octobre 1996, communication personnelle; Sable, 1996b : 26.) Les Micmaques confectionnent encore ces coiffes pointues et les portent lors des occasions spéciales.

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Un autre changement est survenu au cours des derniers siècles, lorsque les Micmacs ont adopté des tenues cérémonielles spécialisées pour les touristes et les dignitaires lors des « expositions indiennes », des événements culturels et des expositions de médecine. L’une de ces occasions fut la visite du prince de Galles en Nouvelle-Écosse en 1869.

Certains Aînés, comme Ellen Robinson, octogénaire au moment de l’entrevue en 2005, se souviennent d’avoir dansé des danses traditionnelles lors de carnavals. Mme Robinson a grandi dans la réserve Bear River, dans le sud de la Nouvelle-Écosse. Elle a montré des photos de carnavals au cours desquels elle et d’autres membres de sa réserve confectionnaient des appliques. (Ellen Robinson, 14 décembre 2005, communication personnelle.) Les femmes portaient leurs coiffes pointues, ainsi que des vestes de style « boléro » et de longues jupes ornées de rubans. (Whitehead, 1980 : 20-23.)

Certains Aînés peuvent encore décrire quelques-unes des danses traditionnelles, y compris celles que peu de Micmacs pratiquent aujourd’hui. Les anthropologues et les missionnaires du XIXe siècle et du début du XXe siècle ont également décrit d’autres danses.

  1. c) Danses et cérémonies : la koju’a

La koju’a est la danse sociale la plus distinctive qui a survécu jusque de nos jours. Beverly Jeddore raconte qu’elle a dansé la koju’a lors de célébrations comme des mariages ou d’autres rassemblements communautaires. Mme Jeddore explique que cette danse complète chaque célébration, dont elle constitue en quelque sorte la « cerise sur le gâteau ». (Jeddore, 21 janvier 2006, communication personnelle.)

Nous savons que la koju’a remonte au moins au XIXe siècle, car les Aînés interviewés en 2005 et 2006 ont dit qu’ils l’avaient apprise de leurs parents et de leurs grands-parents. Le keptin (chef) Frank Nevin, du Sante’ Mawi’omi (Grand conseil des Micmacs), raconte ce qui suit :

« En 1947, nous avons déménagé à Indian Brook (Shubénacadie), puis ma grand-mère nous a rejoints plus tard. Quand j’avais dix ou onze ans, elle m’a appris à danser. Elle a mis une gigue de l’ancien temps à jouer, puis la première chose qu’elle a dite, c’est : “Je vais te montrer à danser”. Après un certain temps, elle a dit : “Pourquoi n’apprends-tu pas à danser la koju’a?” Moi, j’ai répondu : “La koju’a, qu’est-ce que c’est?” Alors, elle m’a montré la koju’a et a parlé de la façon dont nos gens avaient l’habitude d’exécuter cette danse. » (Frank Nevin, 20 décembre 2005, communication personnelle.)

Les gens dansent sur au moins seize chansons de koju’a, de nos jours. Mme Jeddore décrit les paroles d’une de ces chansons : « Amène ta petite sœur, amène ta tendre moitié et dansons ensemble! » (Jeddore, 21 janvier 2006, communication personnelle.) Les mouvements énergiques mettent à l’épreuve la force et l’endurance des danseurs, notamment lors des compétitions. Les hommes et les femmes dansent en cercle. Parfois, les hommes quittent le cercle intérieur et dansent de manière plus animée. Selon Joel Denny, le cercle formé pour les danses micmaques se déplaçait traditionnellement dans le sens contraire des aiguilles d’une montre, mais de nos jours, les danseurs se meuvent généralement dans le sens des aiguilles d’une montre.

Joel Denny explique qu’il y a aussi deux pas de danse différents pour la koju’a. L’un est utilisé pour danser en cercle, et l’autre est un pas de côté accompagné d’une chanson spéciale. Pour entendre cette chanson, cliquez sur ce lien

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Lors des rassemblements sociaux, en particulier la fête annuelle de la Mission Sainte-Anne, les gens s’affrontaient en compétition pour savoir quelle communauté comptait le danseur qui pourrait durer le plus longtemps. Ces compétitions se sont poursuivies au-delà du XXe siècle et se déroulent encore parfois à l’occasion d’événements culturels. Joey Gould, originaire de la réserve Wycocomagh (aujourd’hui Waycobah) au Cap-Breton, explique que son père, Andrew Gould, et un ami de la famille, Newell Stevens, ont montré à sa famille comment gagner la danse. M. Gould explique .

« Le dimanche, en après-midi ou en soirée, nous dansions la koju’a. C’était une sorte de compétition. C’était à qui allait remporter la koju’a, un peu comme un champion. (…) Newell commençait, puis quelqu’un le suivait, ou je le suivais ou je restais debout dans la foule et j’essayais de ne pas me faire remarquer. Mais dès que j’entendais des gens crier aux danseurs : “C’est Eskasoni qui gagne!”, “C’est Membertou!”, “C’est Nyanza!”… Personne ne nommait Wycocomagh… Alors ça me donnait l’envie de fondre sur la piste de danse pour l’emporter sur tous les autres.

Dès que je commençais à danser avec mon style, j’entendais les gens de ma réserve, et même certaines personnes d’Eskasoni, où j’ai de la famille, qui commençaient à crier : “C’est Wycocomagh qui gagne!” Nous dansions la koju’a jusqu’à l’épuisement… Jusqu’à ce que nous ne soyons plus capables de danser. » (Cité dans Sable, 1990 : 4.)

Joey Gould affirme que la dernière compétition a eu lieu vers 1965. Il explique que Margaret Johnson, une Aînée micmaque âgée de 91 ans au moment de l’entrevue et vivant à Eskasoni, était une excellente danseuse à cette époque. Mme Johnson a remporté un concours en 1973. Le prix était attribué pour une gigue, et non pas pour une koju’a. (Johnson, 1er mai 2006, communication personnelle.) Pour en savoir plus sur la famille Gould et les danses de la Sainte-Anne, cliquez sur ce lien.

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Aujourd’hui, des compétitions de koju’a sont parfois intégrées à des événements culturels spéciaux, comme ceux organisés dans des écoles. La koju’a peut aussi être dansée lors de pow-wow en tant que danse micmaque. Pour voir un clip vidéo sur la koju’a, cliquez ici.

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  1. d) Neskawet

 

Quelqu’un a déjà appelé la neskawet une « danse de guerre », mais elle était beaucoup plus que cela. Cette danse formelle a donné une touche honorifique à beaucoup d’occasions cérémonielles.

En 1758, Pierre Maillard, un missionnaire vivant parmi les Micmacs, a décrit une neskawet qui honorait un envoyé en visite lors d’un dîner d’adieu. Les hommes du village se sont réunis dans un wikuom (wigwam). Après le dîner, les villageois ont fumé le calumet. L’invité d’honneur s’est ensuite lancé dans un long discours saluant les ancêtres de son hôte et soulignant les compétences de chasse de ce dernier. Après qu’un deuxième homme a présenté un deuxième discours, l’invité d’honneur a commencé à danser une neskawet.

 

« Puis, quittant sa place, et avançant sur un certain rythme, il a pris la main du maître de céans par la main, en disant : “Toutes les louanges que ma langue va prononcer, elles n’ont d’autre objet que vous. Tous les pas que je vais faire, en dansant de long en large en ta demeure, te prouveront la gaieté de mon cœur et ma gratitude. Courage, mes amis, marquez la cadence avec vos mouvements et votre voix au gré de ma chanson et de ma danse.”

Sur ce, il s’est lancé dans la netchkawet, en s’avançant, le corps droit, à pas mesurés, les mains sur les hanches et les coudes déployés. Puis il a prononcé ses paroles. Il chantait en tremblant de tout son corps. Il regardait droit devant et de chaque côté avec une contenance constante. Il se déplaçait parfois d’un pas lent et grave, pour ensuite reprendre un rythme saccadé et rapide.

Les syllabes qu’il articulait le plus distinctement étaient “Ywhannah, Owanna, Haywanna, yo! Ha! yo! Ha!” Quand il marquait une pause, il toisait toute l’assemblée, comme pour lui demander de reprendre le refrain, au mot “Heh!” qu’il prononçait avec beaucoup d’insistance. Pendant qu’il chantait et dansait, les spectateurs répétaient souvent le mot “Heh!” du fond de leur gorge, et quand le danseur marquait une pause, ils criaient en chœur : “Hah!” Cette cérémonie de remerciement étant terminée pour ce qui est des hommes, les filles et les femmes sont entrées. La plus âgée d’entre elles était à leur tête. Elle portait dans sa main gauche un grand morceau d’écorce de bouleau, de la sorte la plus dure, sur lequel elle frappait comme sur un tambour. Au bruit sourd rendu par l’écorce, elles se sont mises à danser autant qu’elles étaient, tournant sur les talons, frémissantes, une main levée, l’autre vers le bas : d’autres notes ils n’en ont pas, mais une forte aspiration gutturale du mot Heh! Heh! toutes les fois que la vieille frappe son tambour d’écorce. Dès qu’elle cesse de frapper, ils poussent un cri général, exprimé par Yah! Ensuite, si leur danse est approuvée, ils recommencent. » (Maillard, 1758 : 12-15.)

 

Silas Rand, un missionnaire baptiste, a lui aussi décrit une neskawet.

 

« Une partie des cérémonies de leur grande fête religieuse annuelle de la Saint-Anne se compose du wigubaltimk et de la neskouwadijik, le “festin” et la “danse mystique” des sakawachkik, “les Indiens d’autrefois”. Au moment opportun, le chef sort du camp. Il chante alors un air particulier et danse un pas précis, ce à quoi l’assemblée répond par un grognement particulier. Ils affirment que pendant cette cérémonie, le corps du danseur est imperméable aux balles du mousquet (traduction). » (Rand, 1850 : 14.)

 

Certains Aînés micmacs se souviennent avoir vu une neskawet le jour de la Saint-Anne, la principale fête annuelle tribale et religieuse micmaque de l’île Chapel, au Cap-Breton. Les keptin (chefs) exécutaient cette danse lorsqu’ils se réunissaient pour discuter de questions tribales. (Sable, 1991 : 7.) Margaret Johnson, Dr h. c., qui a grandi sur l’île, raconte que le Grand Conseil se réunissait dans le grand wikuom. Elle explique que chaque keptin sortait, un à la fois, dansait, puis allait s’asseoir en cercle à l’extérieur du grand wikuom. Les autres sortaient et faisaient la même chose. Les hommes criaient : « Ahey! Ahey! » à un certain point de la danse. Après la danse, les membres du Grand Conseil se réunissaient pour un festin. (Johnson, Margaret, 2 mars 2006, communication personnelle.) Pour entendre le genre de chansons que les chefs chantaient, cliquez ici.

 

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Un autre Aîné raconte une histoire similaire. Pendant la neskawet, chaque keptin dansait et chantait à tour de rôle. Ils exécutaient un pas pour lequel ils gardaient les mains dans le dos et ils penchaient le corps vers l’avant. Ils dansaient autour du cercle, en accentuant leur mouvement lorsqu’ils passaient à côté d’un autre chef, et ils lançaient : « Neh! ». À la fin, tout le monde criait « Eh! » (Sable, 1996b : 8.)

Mme Johnson dit que la neskewet était accompagnée d’un chant précis : l’I’ko, la « chanson du festin » (wi’kupaltimkewey). Le linguiste micmac Bernie Francis explique que les syllabes de cette chanson n’ont pas d’équivalents dans une langue comme le français, mais qu’elles sont porteuses de sens et d’émotions pour la personne qui les chante. Ce chant pourrait aussi provenir en partie des Mohawks, à une époque où ils interagissaient régulièrement avec les Micmacs. (Bernie Francis, cité dans le Cape Breton’s Magazine, 25, 1968 : 11.)

Mme Johnson affirme que le Grand Conseil a cessé d’exécuter la neskawet, probablement vers 1925. Cependant, Susie Denny, une Aînée née en 1925, dit qu’elle se souvient d’avoir assisté à la neskawet quand elle était petite fille. Il se peut donc que cette danse ait perduré pendant quelques années de plus (Susie Denny, 2 mars 2006, communication personnelle.) Les Micmacs ont continué à chanter la partie « I’ko » de ce que certaines personnes appellent la « danse de bienvenue », un geste de nature spirituelle exécuté lors d’occasions importantes. (Beverly Jeddore, 1986, communication personnelle.) Cliquez ici pour visionner un clip vidéo de l’I’ko.

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  1. e) Danse du serpent

Certains Micmacs croient avoir offert la danse du serpent à la nation mohawk lors d’une réunion du Grand Conseil en 1749. En 1835, le capitaine J. Campbell a écrit un récit de ce qui semble être des Malécites ou des Micmacs exécutant la danse du serpent à la résidence du gouverneur général à Fredericton, au Nouveau-Brunswick. En 1895, l’anthropologue Stansbury Hagar a rédigé la description suivante de cette danse.

« Le cercle des danseurs a d’abord exécuté trois tours vers la droite autour du meneur. Les danseurs ont ensuite tourné le dos au meneur et ont fait trois tours de plus. Ensuite, les deux groupes se sont tourné le dos et ont exécuté trois autres tours autour du cercle. Enfin, toujours dans la même position, ils ont inversé la direction du mouvement et ont exécuté trois tours à reculons autour du cercle. Cette chorégraphie s’est donc articulée autour de quatre positions et de douze révolutions. Selon Newell Glode, on évoquait ainsi le serpent à sonnettes s’éveillant de son sommeil hivernal.

Le meneur est ensuite sorti du cercle en empruntant l’espace libéré pour lui, simulant un serpent sortant de son trou. Il a ensuite conduit les danseurs autour du champ, faisant de nombreuses contorsions et ondulations comme celles du serpent. D’une main, il tenait une corne remplie de balles ou de petits cailloux qu’il hochait pour marquer le rythme pour les pas et le chant des autres danseurs. Après que les danseurs ont avancé sur une certaine distance, le dernier danseur est demeuré sur place et les autres se sont déplacés autour du meneur en formant un cercle de plus en plus étroit, jusqu’à ce qu’ils soient tous étroitement enroulés autour de lui. Le meneur a ensuite inversé la direction du mouvement et les danseurs sont sortis du cercle en file, comme ils l’avaient fait plus tôt. Cela représentait l’enroulement et le déroulement du serpent à sonnettes. » (Hagar, 1895: 37.)

Le meneur a ensuite ramené la file au centre du cercle. Les danseurs se sont retirés un par un jusqu’à ce que le meneur se retrouve à chanter et à danser seul au centre. Cliquez ici pour visionner un clip vidéo d’une danse du serpent.

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  1. f) Danses de médecine

 

Le Micmac Jerry Lonecloud a vécu de 1854 à 1930. Il a décrit certaines danses de médecine et de nombreuses légendes entourant la collecte de médecines. D’autres sources ont associé la danse du serpent à la collecte de médecines. (Cité dans Sable, 1998.)

Selon Jerry Lonecloud, le guérisseur, ou puoin, exécutait une danse spéciale pour remercier Kluskap pour les médecines fournies pendant l’hiver. Le puoin dansait jusqu’à sept heures d’affilée pour rendre les médecines efficaces.

Un autre récit affirme que les gens exécutaient une danse spéciale pour recevoir des médecines du puoin. Jerry Lonecloud a dit que chaque Micmac prenait une certaine médecine deux fois par année, au printemps et à l’automne, pour éloigner les mauvais esprits. La formule de cette médecine est demeurée secrète, mais certaines sources ont dit que les gens dansaient autour de la médecine pour repousser les mauvais esprits. (Dennis, 1923; Sable, 1996 : 253-254.)

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  1. g) Pestie’ wa’taqtimk – La cérémonie de nomination ou la célébration des noms

 

Les Micmacs ont parfois intégré leurs propres chorégraphies à de nouvelles danses empruntées à d’autres cultures. Par exemple, le catholicisme romain a dominé les Micmacs à partir du XVIIe siècle, mais les gens ont créé leurs propres façons de célébrer certaines fêtes catholiques. Le temps de Noël incluait le pestie’ wa’taqtimk, soit la « célébration des noms » ou la « cérémonie de nomination ». Ce festival honorait les gens qui recevaient des noms chrétiens. Il comportait la remise de cadeaux, des danses, des repas et une croix en bois sculpté particulière que les Micmacs appelaient une « fleur ». Au cours de chacun des douze jours du temps de Noël, les gens honoraient leurs pairs portant un nom différent, comme Noël, Marie, Jean, et ainsi de suite.

 

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Caroline Gould décrit le pestie’ wa’taqtimk comme suit. La veille de Noël, toute la réserve s’est rendue à l’école pour prier à minuit. Tout le monde a apporté de la nourriture et est resté jusqu’à l’aube. Dans la matinée, les gens ont décidé du moment où le pestie’ wa’taqtimk commencerait. Ce soir-là, ils ont commencé à se déplacer de maison en maison pour célébrer chaque personne qui portait un certain nom. Ils donnaient au résident une croix enveloppée dans une étoffe ou une écharpe et ils disaient : « Nous t’apportons cette fleur que ton ange gardien t’a envoyée. » Ensuite, tout le monde dansait la koju’a au rythme de gigues avant de recevoir la nourriture préparée par l’hôte.

L’Épiphanie, ou Jour du roi, était le treizième et dernier jour marquant la fin du temps de Noël. La communauté se rassemblait de nouveau pour prier et tirer des noms d’un chapeau pour désigner un « roi » et une « reine ». Certains membres de la communauté se déguisaient en prêtres, en diables, en singes ou en d’autres personnages. Les danses commençaient alors. Cependant, Mme Gould affirme qu’il s’agit plus de danses carrées et de gigues que de la koju’a.

Mme Gould affirme, dans un entretien accordé en 2005, qu’elle a vu pour la dernière fois un pestie’ wa’taqtimk environ 70 ans auparavant. Cette cérémonie s’est éteinte après la mise en place des réserves par le gouvernement, mais les Micmacs ont continué à organiser des festins et à se rendre visite entre les réserves pendant les jours qui suivaient Noël. (Johnson et Gould, 19 décembre 2005, communication personnelle.) (Un pestie’ wa’taqtimk a eu lieu au moins une fois, dans les années 1990, sous forme d’événement culturel spécial tenu dans un gymnase. Marie Battiste l’a organisé.)

 

  1. h) Autres danses et instruments

 

Les Micmacs ont également adopté certaines danses européennes, comme les gigues des hautes terres écossaises et irlandaises, des polkas, des danses carrées et, ces derniers temps, le ballet. Pendant ce temps, les familles ont perpétué les danses traditionnelles comme la koju’a. Les Micmacs établissent une distinction entre « danser comme un Indien » (i’nu’pesin) et « danser comme un homme blanc » (aklastie’wtesin). Certains Aînés micmacs vivants aujourd’hui ont grandi sans jamais voir une danse micmaque. (Sable, 1996 : 226.)

Les Micmacs ont imaginé des façons de garder leurs danses en vie. Ils se sont mis à tenir leurs célébrations ou leurs cérémonies dans la clandestinité ou, comme nous l’avons vu avec le pestie’ wa’taqtimk, ils les ont intégrées aux rituels catholiques. Les Micmacs ont également adopté d’autres instruments, comme le tambour à main, le violon et, plus récemment, la guitare. Les musiciens ont aussi récupéré certaines chansons de la koju’a, mais les chanteurs ont généralement choisi le tambour à main. Cliquez ici pour entendre Lee Cremo jouer une koju’a à la guitare.

 

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