Danses traditionnelles et cérémonies

Le caribou est l’animal le plus important pour les Innus. Lorsque les Innus vivaient dans les terres, le caribou leur permettait d’obtenir de la nourriture, des vêtements, des abris, des outils et même des médicaments. Encore de nos jours, alors que les Innus vivent dans des maisons, au sein de communautés établies, le caribou est un élément central de leur culture. Pour cette raison, les Innus traitent le caribou avec beaucoup de respect. Les Innus dansaient avant et après la chasse au caribou. Si les chasseurs voyaient des traces de caribous dans la neige ou sur la terre, ils allaient en informer un Aîné qui avait des pouvoirs spéciaux. Les Innus appellent cette personne « vieil homme », ou kamataukatshiut. Un « vieil homme » était un Aîné qui avait vécu et chassé pendant longtemps dans les terres et qui comprenait les comportements des caribous et des autres animaux. Un si bon chasseur était réputé avoir acquis le pouvoir de communiquer avec les animaux. Très peu de gens avaient ce pouvoir.

Quand le vieil homme avait réussi à communiquer avec les caribous, il jouait du tambour. Il chantait des chansons décrivant ses rêves et il avait des visions de l’endroit où se trouvaient les caribous. Les Innus croient que les rêves et les visions prédisent parfois l’avenir. Le vieil homme disait aux chasseurs ce qu’il avait vu et ils décrivaient l’endroit où se trouvaient les caribous. Il leur disait alors dans quelle direction aller et combien de jours il leur faudrait marcher, mais il ne donnait pas la distance exacte.

Une fois le récit des visions terminé, tout le monde se joignait à une danse en cercle. Les gens dansaient parce qu’ils étaient heureux et parce qu’ils croyaient que la danse rendait le « Maître des caribous » heureux. Ils croyaient aussi que cette danse avait le pouvoir de lier les pattes de l’esprit du caribou pour que le caribou ne puisse pas bouger. Les Innus appellent cette danse nanatuakateskuakanu, qui signifie « casser les pattes du caribou ». Les chasseurs partaient chasser le caribou le lendemain.

Le vieil homme battait aussi du tambour lorsque les gens avaient faim et qu’il n’y avait aucun signe de présence de caribous. Il jouait du tambour dans l’obscurité afin de trouver les caribous dans ses visions. Lorsque le vieil homme avait terminé, les gens dansaient et les chasseurs partaient en expédition.

 

Makushan

Lorsque les chasseurs revenaient avec un grand nombre de caribous, peut-être dix ou quinze bêtes, ils invitaient d’autres familles à se joindre à eux pour une grande fête qui durait une journée. Les familles étaient dispersées dans différents campements dans les terres, sauf l’été, où elles se réunissaient dans de plus grands campements, souvent autour d’un lac, ou, après l’arrivée des Européens, près d’un poste de traite. Ceux qui revenaient d’une chasse fructueuse invitaient dix ou quinze autres familles à se joindre à eux. Ce festin s’appelait le makushan. Après l’implantation du christianisme, les Innus ont cessé de tenir systématiquement le makushan dès le retour de chasse. Ils se sont plutôt mis à préserver le caribou et à célébrer à Noël ou à Pâques.

Le makushan était une occasion très festive, où les gens dansaient, riaient et s’amusaient. Pendant le makushan, on cassait les os du caribou et on les faisait bouillir dans l’eau avec la viande. La viande était transformée en poudre. La moelle des os se transformait en graisse, que les Innus appelaient également makushan. Les chasseurs partageaient la nourriture uniformément entre toutes les familles lors du festin. Quand le vieil homme recevait de la nourriture, il disait aux esprits des caribous : « Tshiuepatashimi », ce qui signifie « Retournez à la maison ». Les esprits animaux pouvaient alors revenir en tant que caribous, en vue de futures chasses.

Après le festin, les Innus tenaient une danse de célébration. Le vieil homme jouait du tambour et chantait des chansons. Ces chansons étaient différentes de celles qu’il chantait quand il avait des visions. La danse de célébration se déroulait en plein jour. Cette danse était un moyen, pour les Innus, de remercier les caribous. Après la danse, le vieil homme racontait parfois une histoire basée sur ce qu’il avait vu. Il prédisait quels types d’animaux les chasseurs trouveraient l’année suivante. Il parlait de plusieurs espèces d’animaux, comme le castor, le rat musqué et la loutre.

Le makushan était célébré pour différents types d’animaux, mais aujourd’hui, les Innus ne le tiennent plus que pour les caribous. Désormais, le festin est généralement tenu autour de Noël ou du Nouvel An, et non après la chasse. Les Innus ont cessé de tenir le makushan dans les terres vers 1950. Aujourd’hui, ils ne dansent plus systématiquement et parfois, ils mangent de la dinde au lieu du caribou lors de leurs festins.

Insert pine.innu.caribou.2.jpg

►La danse du tambour

Les Innus ont un style de danse appelé « danse du tambour » ou « danse en cercle ». En innu-aimun, cette danse est appelée innuniminanu, qui signifie « danse populaire ». Elle peut revêtir une signification spirituelle ou être purement festive. Cette danse est toujours exécutée lors d’occasions heureuses, comme des visions de caribous ou d’ours, des chasses fructueuses, des festins, des mariages ou des jours de fête. Ils dansaient aussi si un chaman, ou « vieil homme », trouvait une personne perdue dans ses visions. Parfois, quand les Aînés se rassemblaient, ils jouaient du tambour et dansaient pour les petits enfants.

Les Innus dansent au rythme d’un tambour que bat un Aîné respecté de sexe masculin. Les adultes et les adolescents se tiennent debout, en cercle, alternant entre hommes et femmes. Ils se déplacent dans le sens des aiguilles d’une montre, qui est la direction du soleil. S’ils sont à l’intérieur, ils dansent autour d’un poêle. À l’extérieur, ils s’exécutent autour d’un tas de bois ou d’un autre objet. Si les danseurs sont assemblés dans une petite tente, ils dansent sur place.

Avant que les Innus ne s’installent dans les villes dans les années 1960, ils dansaient à l’extérieur, ou dans une grande tente. Aujourd’hui, ils dansent dans une salle communautaire ou dans le gymnase d’une école. Seul le joueur de tambour chante. Les hommes et les femmes se déplacent de la même manière, en exécutant de petits pas rythmés par le tambour. Ils croisent les bras sur le ventre ou les laissent pendre à leurs côtés en les balançant doucement au gré de la musique. Parfois, les hommes crient : « Heh! Heh! » pour faire du bruit. Danser implique beaucoup d’enjouement et de disposition aux plaisanteries. Les Innus appellent cela l’uitetakushikashu. Parfois, les danseurs se retournent et plaisantent avec ceux qui sont derrière eux pour faire rire les gens.

Les « couples » de danseurs ne sont pas nécessairement formés de conjoints. Un Aîné explique qu’ils peuvent danser avec leur petite amie, leur grand-mère, ou toute personne qu’ils aiment ou veulent rendre heureuse. Une autre personne dit que pendant une danse de célébration, un homme peut demander à une femme qu’il aime de danser avec lui. Les adolescents dansent avec les adultes. Avant que les Innus ne s’installent dans les communautés dans les années 1960, les enfants ne dansaient pas, mais ils le font désormais parfois lors de mariages ou de jours de fête en ville.

Parfois, la danse est exécutée par seulement une ou deux personnes, au lieu d’un groupe, si ces personnes ont des raisons spéciales de célébrer. À certaines occasions, des femmes spéciales exécutaient elles-mêmes une danse au rythme du tambour du chaman.

  • Insert innu.drum.dance.jpg]

[Link to video: pine.innu.mokushan.1.mov

Les danses tenues en ville ont généralement lieu pendant la journée ou le soir. Certains Aînés expliquent que les danses peuvent durer des heures, mais qu’elles cessent toujours avant minuit. Les danses spirituelles tenues dans les terres duraient environ une heure, mais les danses de célébration s’étiraient parfois sur toute une nuit. Une femme décrit son souvenir d’être entrée dans les terres alors qu’elle et son mari formaient un jeune couple :

 

« À l’automne, au clair de lune, on pouvait voir à travers la tente. Il y avait une bougie à l’intérieur. Je pouvais entendre le tambour et les gens chanter et rire. Je n’ai jamais posé de questions à personne. Je me contentais d’observer. La femme du joueur de tambour n’arrêtait pas de demander aux gens de danser avec elle, tard dans la nuit. Plus tard, mon mari m’a dit que le vieil homme qui jouait du tambour était un chaman. Pourquoi y avait-il de la danse? Je voulais savoir. Le grand-père voulait trouver des caribous ou d’autres bêtes en battant du tambour. C’est pour cela qu’ils dansaient. »

 

Jusqu’à environ 1960, les danseurs portaient leurs vêtements traditionnels et leurs mocassins en peau de caribou. Les femmes portaient des jupes et des robes, ainsi que des chapeaux ou, comme c’est souvent le cas, des foulards sur la tête.

 

►Tambour

Le tambour est un élément central de la culture innue. Les tambours sont une partie très importante de la communication du « vieil homme » avec les maîtres des animaux, et ils font l’objet de soins particuliers. Un jeune homme s’occupait toujours du tambour d’un batteur. Il l’accrochait à un poteau de la tente ou à l’intérieur de la maison, et l’apportait toujours afin que le vieil homme l’ait à portée de la main lorsqu’il voulait en jouer.

Les Innus fabriquaient des tambours en peau de caribou. Les baguettes d’aujourd’hui sont le plus souvent faites de bois léger sculpté, mais autrefois, les Innus utilisaient des tuyaux de plumes et des os. (Diamond, Cronk et von Rosen, 1994 : 87.) Le batteur pouvait accorder le tambour en ajustant une corde attachée au serrage qui maintenait la membrane du tambour en place. Parfois, la surface du tambour était peinte de lignes circulaires pleines ou de cercles pointillés concentriques, souvent avec de la peinture rouge ou bleue ou un agencement des deux. (Ibid., 1994 : 88-89.) Le tambour était parfois orné de plumes. Différents types de plumes donnaient au tambour différents sons et pouvoirs. Les batteurs utilisaient les plumes de certains hiboux et de certaines perdrix dont les cris étaient forts ou inhabituels. (Simeo Rich, décembre 2005, communication personnelle).

 

Ils jouaient sur différents rythmes pour différentes chansons ou différentes parties d’une même chanson. Ils commençaient souvent avec des coups rapides et courts qui produisaient un son régulier et continu. Lorsqu’ils avaient des visions, ils interrompaient parfois ce son et entamaient un rythme plus apparenté à une pulsation. (Ibid., 1994 : 89.) De même, les danses commençaient seulement lorsque le batteur, après avoir joué sur un rythme court, se mettait à accélérer et à modifier le rythme pour indiquer aux danseurs qu’ils pouvaient commencer à danser. (Sable, 19 août 2006, observation d’une danse.)

Les joueurs de tambour étaient des Aînés qui avaient des visions et des rêves. Ils transmettaient leur pouvoir à leurs fils, à leurs petits-fils ou à leurs gendres. Ils tiraient aussi leur pouvoir de la chasse et de la vie dans les terres. Traditionnellement, seuls les hommes jouaient du tambour, mais aujourd’hui, quelques femmes ont commencé à jouer, à Sept-Îles et à Schefferville. Pour lire une entrevue avec un Aîné innu et entendre des chansons qu’il interprète, cliquez sur ce lien. [pine.innu.interview.pien.doc]

 

►Chansons

Quand les Innus dansent au son du tambour, le batteur chante lui aussi. Le mot innu pour « chanson » est nikamun. (Diamond, Cronk et von Rosen, 1994 : 71.) Les chansons que le vieil homme chante dépendent de l’occasion. La plupart du temps, le batteur chante ses rêves et sa vie dans les terres. Ses chansons décrivent son mode de vie dans les terres et ses liens avec les animaux. Il espère savoir ce que ressentent les caribous et ce que disent les ours noirs. Un batteur peut chanter à propos de la chasse, ou de ses quêtes à la poursuite des rêves qu’il a eus. Quand le batteur cherche le caribou, il a des visions, qu’il décrit ensuite en chant. Lors des mariages, les batteurs jouent des chansons d’amour.

Les chansons sont transmises au sein d’une famille. Un Aîné dira parfois à ses enfants qu’ils pourront utiliser ses chansons après son départ. Avant de chanter, le batteur explique d’abord sa chanson et décrit comment elle lui est venue. Beaucoup de ces chansons ne sont plus chantées parce que les gens ne vivent plus dans les terres, chassant et voyageant comme ils l’ont fait pendant des milliers d’années.

Insert pine.innu.pien.song.1.mpg

►Vêtements

Jusqu’à un certain moment dans les années 1930, certains Innus continuaient de porter des vêtements traditionnels faits de peaux de caribou. (Webber, 1997: 81.) Les femmes portaient des robes en peaux de caribou et les hommes portaient des manteaux spéciaux et des robes de cérémonie. Il n’y avait pas de vêtements spécialement conçus pour la danse. [insert photo : pine.innu.drum.dance.1.jpg]

En expédition, les chasseurs portaient des manteaux spéciaux peints avec des motifs élaborés. Ils portaient également ces vêtements pour les danses avant et après la chasse. Les chasseurs « recevaient » les motifs dans une vision, puis leur femme les peignait sur leur manteau. Ces motifs revêtaient plusieurs significations différentes. Ils symbolisaient le Maître des caribous, l’union de l’humain et de l’animal, les voyages mythiques, les ancêtres, la protection, et bien d’autres choses. (Webber, 1997: 16.) Les femmes innues les peignaient principalement en rouge, bleu et jaune, ainsi qu’en combinant ces couleurs. Les Innus n’arboraient généralement pas de franges ou de perles sur leurs vêtements; seulement sur leurs mocassins.

Ils portaient deux types de manteaux. L’un était fait de peau avec sa fourrure et était fermé à l’avant, tandis que l’autre était fait de peau nue et était ouvert. Ce second type de manteau était probablement pour les chamans, tandis que le premier type était utilisé par tous les chasseurs. (Webber, 1997: 20.) Le pouvoir des manteaux ne durait qu’une année.

 

Les chasseurs avaient aussi des toges de cérémonie peintes avec des motifs qui représentaient la vision innue du monde ou du cosmos. Les chamans arboraient un soleil au milieu de leur toge. Ces toges étaient soit rectangulaires, soit faites d’une seule peau de caribou. Les chasseurs les exposaient au lever du soleil pour faire plaisir au Maître des caribous et les utilisaient lors des cérémonies et lors de la chasse. Les Aînés dansaient parfois dans de telles toges. (Webber, 1997 : 54-55.)

Traditionnellement, les femmes portaient des robes de peau de caribou et utilisaient le tendon du caribou comme fil. Ces robes comportaient aussi des motifs peints représentant la croissance, la terre, les montagnes, l’eau et l’été, ainsi que d’autres motifs semblables à ceux figurant sur les manteaux des chasseurs. Les femmes recevaient elles aussi des visions liées à leurs nombreuses tâches, comme la cuisine, l’entretien, les soins aux enfants, la cueillette d’eau, la préparation de feux et la confection de peaux. (Webber, 1997: 66.)

Au XIXe siècle, les Innus ont commencé à adopter des matériaux occidentaux pour leurs vêtements. Ils ont utilisé du coton décoré de perles et du fil de soie au lieu de la peinture. Les méthodes traditionnelles ont perduré plus longtemps dans les communautés innues du Labrador, où elles étaient plus isolées des contacts extérieurs que les Innus du Québec. Les anthropologues ont noté que les peaux de caribou étaient encore portées dans les années 1930 et même plus tard, mais qu’elles n’étaient plus peintes après cette période. (Webber, 1997: 81.) Les traditions peuvent également avoir été transférées aux nouveaux matériaux. Certains Aînés se souviennent aujourd’hui de chasseurs portant des vestes en coton blanc ou en cuir, ceinturées à la taille, ainsi que des jambières et des mocassins. Au XXe siècle, les femmes ont commencé à adopter les robes et les jupes en coton. Dans les années 1960, elles ont commencé à porter des pantalons, parfois même pour les danses. Pour voir les tenues portées par les hommes et les femmes lors d’une danse d’aujourd’hui, cliquez sur ce lien.

 

  • Insert innu.drum.dance.1.jpg]

[pine.innu.mokushan.2.mov

Pour lire des entrevues réalisées auprès de certains des danseurs, cliquez sur ces liens.

pine.innu.interview.kathleen.doc]

[pine.innu.interview.rich.doc]

[pine.innu.interview.marie.angela.doc

 

►Femmes caribous

Un petit nombre de femmes de la communauté innue obtenaient des pouvoirs spéciaux en travaillant avec le caribou. Elles s’appelaient onoitamiteiskueu, ce qui veut dire « caribou femelle ». Ces femmes spéciales avaient des habiletés particulières pour fabriquer des mocassins, travailler les peaux, nettoyer n’importe quel animal et perler des objets rapidement et mieux que les autres femmes. Elles possédaient une grande connaissance des différentes activités dont les femmes étaient responsables. Elles montraient également un profond respect pour les animaux et elles disposaient de leurs restes comme il convenait.

Le pouvoir spécial d’une onoitamiteiskueu pouvait émaner de différentes sources. Il était tiré d’années de travail avec les caribous et de dons à l’esprit des caribous. Si son mari était un chaman ou un bon chasseur, elle pouvait tirer son pouvoir de celui-ci. Sa mère ou l’une de ses grand-mères pouvait aussi le lui transmettre.

Parfois, l’onoitamiteiskueu exécutait une danse spéciale après une chasse au caribou. Une Aînée décrit comment sa grand-mère dansait seule, tandis que son mari jouait du tambour. Elle dansait sur place, en tournant dans chaque direction. C’était inhabituel, puisque les Innus dansent surtout en groupe. Ces femmes avaient des visions du travail qu’elles devraient faire dans le futur et de la manière dont elles l’accompliraient. Elles pouvaient transmettre leur pouvoir à une fille ou une petite-fille, bien que cette tradition soit maintenant perdue. Les onoitamiteiskueu étaient aussi les seules femmes qui posaient des questions au chaman lors de la cérémonie de la tente tremblante.

Ces femmes, appelées « vieilles dames », avaient aussi un lien avec les ours noirs, en plus des caribous. Les ours noirs et les caribous étaient les deux animaux les plus respectés par les Innus. La vieille dame tapait du pied sur le sol trois fois pour signaler que les chasseurs avaient attrapé un ours noir. Lorsque les chasseurs revenaient avec l’ours, la vieille dame le nettoyait, puis elle exécutait une danse, seule, accompagnée par le batteur. En dansant, elle rendait hommage à l’esprit de l’ours et le rendait heureux. Ensuite, la communauté tenait une suerie.

 

►Cérémonie de la tente tremblante

La cérémonie de la tente tremblante était un moyen important, pour les Innus, de communiquer avec les animaux. Un petit nombre d’Aînés, toujours des hommes, pouvaient parler directement avec les maîtres des animaux. Les Innus désignent un tel Aîné sous le nom de « vieil homme » en français, mais en innu-aimun, il s’agit d’un kakushapatak. Ces Aînés obtenaient leur pouvoir grâce aux années passées à chasser dans les terres. Très peu de ces personnes sont encore en vie aujourd’hui.

La cérémonie pourrait avoir lieu à n’importe quel moment de l’année. Lorsque les chasseurs avaient du mal à trouver des animaux, ils demandaient au vieil homme de procéder à la cérémonie de la tente tremblante pour connaître la source de leurs problèmes.

Les Innus tenaient cette cérémonie dans les terres. Ils érigeaient une tente spéciale de quatre ou cinq pieds de haut, que seuls les adultes pouvaient aider à construire. Cette tente avait une base circulaire, une petite ouverture circulaire à son sommet et une bande placée à mi-hauteur. Les Innus utilisaient un type particulier de saule pour les éléments de structure supérieurs et médians. Ils utilisaient des peaux de caribou ou de lourdes bâches pour faire les murs de la tente.

Pendant la cérémonie, l’Aîné entrait seul dans la tente tandis que les autres membres de la communauté demeuraient assis dehors. La cérémonie durait environ deux heures. Le vieil homme commençait par appeler les maîtres des animaux dans la tente, puis la tente se mettait à trembler. Les Innus croient que chaque animal a un esprit « maître » ou « patron », comme un maître des caribous ou un maître des castors.

Le vieil homme était le seul à pouvoir comprendre les maîtres des animaux. Les gens à l’extérieur de la tente posaient des questions, et le vieil homme assurait la traduction entre les maîtres des animaux et les gens. Les participants à l’extérieur pouvaient poser des questions pour savoir pourquoi ils n’avaient capturé aucune martre cette année-là, ou pour savoir si le maître accepterait de leur donner plus de bêtes. Les gens à l’extérieur pouvaient entendre les esprits masculins et féminins de nombreux animaux, comme les oies, les goélands, les hiboux et les castors. Cependant, personne, à l’exception du kakushapatak, ne les voyait. Grâce à son pouvoir, le kakushapatak pouvait également voir qui se trouvait à l’extérieur de la tente. Il pouvait dire qui parlait, d’où les gens venaient et comment ils avaient traité les animaux cette année-là.

Les hommes posaient la plupart des questions, mais certaines femmes dotées d’un pouvoir spirituel, appelées onoitamiteiskueu, posaient elles aussi quelques questions. Si une femme touchait la tente, elle cessait de trembler.

Le kakushapatak parlait et négociait avec les maîtres des animaux et parfois, il se battait avec eux. Ils ne se battaient pas par colère, mais plutôt pour déterminer à quel point la chasse irait bien. Si le vieil homme gagnait, la chasse serait bonne. S’il perdait, alors les choses seraient difficiles pour son peuple. Quand les maîtres des animaux gagnaient, ils dansaient pour célébrer leur victoire. Un aîné décrit ainsi une partie de cette cérémonie :

« Une fois, le vieil homme a demandé une martre à chasser. L’esprit des martres a répondu : “Ouvrez vos pièges.” Il n’a pas dit “oui” ou “non”, juste : “ouvrez vos pièges.” Cela signifiait que nous avions la permission de poser nos pièges. Si nous attrapions une cinquantaine ou une centaine de martres, nous savions que l’esprit des martres avait accepté de nous laisser les prendre. »

 

 

Dialogue avec les maîtres des animaux

Les Innus croient qu’ils sont très étroitement liés au monde animal. Ils vivent dans un climat rigoureux où leur survie, jusqu’à une époque récente, dépendait des animaux qu’ils chassaient. Le caribou était particulièrement important. Le Maître des caribous, un esprit puissant qui régnait sur les caribous, envoyait ses sujets pour être chassés par les Innus aussi longtemps que les Innus lui faisaient plaisir par leur art rituel et leur respect envers les animaux. (Webber, 1997 : 10.)

Les Innus croyaient que d’autres animaux avaient des maîtres qui les gouvernaient. Les croyances varient d’une bande à l’autre en fonction du nombre de maîtres, mais l’esprit des caribous est presque toujours considéré comme le plus puissant.

Ils entretenaient une relation étroite avec les maîtres des animaux afin qu’il y ait toujours des bêtes à chasser. Si les Innus ne se comportaient pas correctement, ils risquaient de mettre en colère les maîtres des animaux et de faire face à la famine.

Les Innus ont beaucoup de façons de parler avec les maîtres des animaux. L’un d’entre eux est la cérémonie de la tente tremblante. Aussi, certains aînés ont des rêves, des visions et des rituels qui les relient au monde animal. Les animaux envoient ces visions. (Webber, 1997 : 12.) Un Aîné doté de pouvoirs spirituels parle d’un rêve qu’il a eu :

« Il y a une semaine, j’ai rêvé qu’un caribou mâle se tenait là sur la route en face de moi. Le lendemain, mon fils est parti avec des amis pour chasser le caribou. Je savais, grâce à mon rêve, qu’ils ne trouveraient que des caribous mâles et, à leur retour, ils n’avaient que des caribous mâles. L’esprit du caribou mâle se donne d’abord. La prochaine fois que nous chasserons, nous trouverons aussi de jeunes caribous et des caribous femelles. »

 

Tant les femmes que les hommes peuvent avoir ce genre de rêves. Le pouvoir de communiquer avec les animaux est tiré de la chasse et des interactions avec les animaux pendant de nombreuses années.

Cet Aîné décrit également un rituel appelé nimamakupatshiskaout, qui signifie « aplanir le sol ». Enfant, il a visité un étang avec son grand-père pour chasser le castor. C’était l’hiver. Son grand-père lui a dit d’attendre, et il a marché sur le pourtour de l’étang. Quand son grand-père est revenu, ils sont allés au barrage des castors et les ont tous attrapés. Ce rituel a permis de piéger les castors dans leur barrage afin qu’ils ne puissent pas nager sous la glace vers des trous où ils auraient pu respirer et se mettre à l’abri des chasseurs.

Si les Innus ne traitaient pas les animaux avec respect, les esprits se mettaient en colère. Certains chasseurs avaient le pouvoir de les rendre à nouveau heureux grâce à certains objets puissants. Ces objets ne pouvaient être utilisés par personne d’autre. Ils ne pouvaient être utilisés que dans les terres, jamais dans la communauté.

 

►Caribou

Le caribou est l’un des deux animaux les plus importants pour les Innus. Il s’agit du seul animal dont ils utilisaient toutes les parties. La peau était utilisée pour les vêtements, les manteaux, les mocassins, les raquettes et les tentes. Les Innus utilisaient le tendon pour faire du fil, la viande et les os pour la nourriture et la fourrure pour garnir les matelas. Ils fabriquaient des outils à partir des os et des bois. Rien n’était jeté ou laissé sur le sol. En signe de respect, ils accrochaient les bois et les os inutilisés dans les arbres.

Les Innus croient que les caribous ont un chef, aussi appelé « Maître des caribous ». Le Maître des caribous et les caribous vivent sur la montagne de la Maison des caribous. Chaque année, le Maître des caribous libère les caribous pour que les Innus puissent les chasser et les manger. Il envoie des visions aux chasseurs et aux Aînés pour leur dire où se trouveront les caribous. (Webber, 1997: 9.)
Les Innus croient que les âmes des caribous ne meurent jamais. Après qu’un caribou a été tué, son âme retourne sur la montagne sacrée, d’où elle reviendra pour de futures chasses.

Le Maître des caribous n’enverra des caribous pour que les Innus les chassent que s’il est heureux. Les Innus rendent l’esprit heureux en peignant les visions qu’ils reçoivent sur leurs vêtements, en procédant à des rituels comme le chant et la danse et en traitant les animaux avec respect. Les os et les bois sont suspendus sur des arbres ou des échafaudages. Si les os sont laissés sur le sol et qu’un chien les mange, l’esprit du caribou punira la personne qui a abandonné ses restes en faisant en sorte que cette personne ne trouve plus de caribous.

 

►Mariages et jours de fête

À partir du XXe siècle, les Innus ont adopté la tradition du mariage catholique romain. Chaque année, un prêtre venait passer deux semaines dans les villages du Labrador. Comme le prêtre ne venait qu’une fois par an, plusieurs couples se mariaient en même temps. Un couple s’est marié en même temps que trois autres couples, en 1945. Les mariés portaient des vêtements de style occidental : une robe de mariée blanche et un costume. La communauté a organisé un makushan dans une grande tente, puis a tenu une danse après le repas. Le vieil homme qui battait du tambour jouait des chansons d’amour pour les nouveaux couples. Une autre aînée se souvient de son mariage en 1963, suivi d’un festin et d’une danse.

La conversion des Innus au christianisme a également influencé les fêtes qu’ils célébraient. Cependant, jusqu’aux années 1950 et 1960, les Innus célébraient les fêtes chrétiennes de façons qui leur permettaient de maintenir certaines de leurs traditions. À Noël, les communautés organisaient un grand festin. Pour la veille de Noël, tout le monde s’assurait qu’il y ait suffisamment de nourriture : caribou, porc-épic, castor, lapin et autres victuailles. Les familles partageaient un festin à minuit, et elles priaient ensemble. Ensuite, les gens dansaient. La tradition de remise de cadeaux a été introduite par un prêtre qui a apporté des cadeaux de la base militaire de Northwest Point. Il a apporté des barres de chocolat et des boissons gazeuses. Les enfants se sont mis à espérer des cadeaux pour Noël.

©2019 This project was made possible with the support of the Department of Canadian Heritage through Canadian Culture Online
Native Dance