Pourquoi nous dansons

Dans certaines versions haudenosaunees de l’histoire de la Création, Teharonhiawakon est le jumeau droitier tandis que Sawiskera est le jumeau gaucher. Les deux sont nécessaires à l’équilibre du monde. Ainsi, les activités que les gens exercent pendant la journée honorent le jumeau droitier. Mais les gens consacrent à Sawiskera les activités nocturnes comme les festins, les chants et les danses.

Cet équilibre est absolument essentiel. Par conséquent, tous les festivals et événements cycliques iroquois personnifient les dynamiques qui sous-tendent l’histoire de la Création et la quête de l’équilibre

(www.webwinds.com/yupanqui/iroquoisdreams3.htm, en anglais seulement).

La version akwesasne est légèrement différente. Après que la Femme des Cieux eut placé de la terre sur le dos de la tortue, elle dansa autour de la tortue treize fois. À chaque tour, la tortue grandit, jusqu’à ce qu’elle devienne toute la Terre. Les Akwesasnes affirment que les treize carrés qui figurent sur le dos des tortues représentent les treize tours que la Femme des Cieux a exécutés dans le sens contraire des aiguilles d’une montre autour de la tortue. En outre, les points disséminés sur les tortues ressemblent aux empreintes des pattes du rat musqué qui a ramené de la terre du fond de la mer.

La danse des femmes (teionarahsi’takaranion) honore la Femme des Cieux et toutes les femmes de la création.

Dans la tradition des Haudenosaunees, les danses sociales et les danses sacrées plus anciennes que notre peuple exécute dans une maison longue sont autant d’aspects de la prière. Les chants ou les chansons qui accompagnant les danses sont aussi des prières. La danse et le chant sont indissociables. Les deux sont des moyens de communiquer avec le Créateur. Le Créateur est satisfait quand les gens dansent et chantent pour Lui. Il s’agit là d’une façon de dire au Créateur que nous sommes heureux et reconnaissants pour notre bonne santé et pour cette vie qu’Il nous a donnée. C’est une façon de rendre grâce sans même utiliser de mots. La danse comme action de grâce est peut-être même plus ancienne que les langues.

 

Danses et chants sacrés

 

Les Haudenosaunees ont intégré ces croyances sacrées dans leurs cérémonies traditionnelles. Chaque danse rituelle est associée à plusieurs chants sacrés. Trois cérémonies sacrées importantes sont les danses de guérison, les danses des sociétés sacrées et les danses de subsistance.

La subsistance fait référence aux aliments que nos ancêtres haudenosaunees ont recueillis et mangés au cours des siècles. Parmi les danses de subsistance, on retrouve la danse du maïs (onehe odie:na), la danse du haricot (osahe da odie:na) et la danse de la courge (onyohsa odie:na). Le maïs, les haricots et les courges étaient plantés ensemble en monticule et se soutenaient les uns les autres. Les vignes de haricots grimpaient sur les solides tiges de maïs et les larges feuilles des courges empêchaient la pousse de mauvaises herbes et aidaient à garder le monticule humide après les pluies. De cette manière, ces plantes, appelées « les trois sœurs », s’entraidaient et produisaient plus de nourriture pour les Haudenosaunees. Ces trois produits ont toujours été importants dans notre alimentation.

Contrairement aux danses de subsistance, les danses de guérison et les danses des sociétés sacrées sont privées. Elles ne sont pas des danses sociales.

Les danses sociales sont notre apanage. Bien que plusieurs des 500 nations autochtones d’Amérique du Nord n’aient pas survécu, les réserves « indiennes » tiennent des pow-wow chaque été. Ces célébrations sont issues d’une fière histoire, pour de nombreuses Premières Nations, mais pas toutes. Par exemple, la plupart des peuples de la côte nord-ouest tiennent des festins, prononcent des discours, honorent des gens et exécutent des chants et des danses à l’occasion de potlatchs communautaires plutôt que dans le cadre de pow-wow.

Par ailleurs, les danses sociales haudenosaunees ne conviennent pas aux pow-wow, sauf en tant que danses de démonstration. Les traditions sont différentes. Nous allons exposer ici les caractéristiques qui rendent nos danses sociales si uniques.

 

Danses sociales

 

Par une soirée enneigée de décembre 2005, j’ai assisté à un événement social à la Six Nations Polytechnic, à l’est d’Ohsweken, en Ontario. Ces événements iroquois des Six-Nations intègrent des danses sociales et des aliments traditionnels, comme la soupe de maïs. Dans la culture iroquoise, des chants, des tambours et des cliquetis de hochets réguliers accompagnent toujours les danses sociales.

Les gens avaient organisé cet événement social pour solliciter un soutien envers les jeunes qui manifestaient pour empêcher la ville de Caledonia de s’étendre sur le territoire des Six-Nations. Les jeunes demandaient à tous les participants de signer leur pétition et de soutenir leur manifestation à Caledonia le lendemain.

Jusqu’à présent, aucun règlement complet n’est intervenu par rapport aux revendications des Six-Nations sur le territoire du secteur résidentiel de Haldimand. En 2009, les Six-Nations ont formellement réactivé leur poursuite de 1995 contre le Canada et l’Ontario. Leurs revendications sont devant les tribunaux.

En date de juillet 2018, le gouvernement de l’Ontario 1) a accepté d’acheter les terres du secteur de Douglas Creek à condition que les Six-Nations retirent les barricades érigées à Caledonia; 2) a accepté de transférer les terrains de l’ancien établissement correctionnel Burtch aux Six-Nations; 3) a accordé une compensation pécuniaire aux municipalités concernées par le différend.

 

Maisons longues

 

Les Haudenosaunees, ou « peuple de la maison longue », vivaient autrefois dans de longues maisons d’écorce. Dans la vallée de la Mohawk, au sud du lac Ontario, des anthropologues ont mis au jour les vestiges d’une maison longue de plus de 200 pieds. Les maisons longues étaient comme des immeubles d’habitation dont les logements étaient construits bout à bout.

Nous ne vivons plus dans des maisons longues. Les Haudenosaunees construisent aujourd’hui des bâtiments plus courts. Nous appelons encore ces nouveaux bâtiments « maisons longues » et les utilisons comme lieux de rassemblement pour les activités sociales traditionnelles et pour diverses cérémonies sacrées tout au long de l’année. Les danses non traditionnelles comme les danses carrées ont lieu ailleurs.

 

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Le Discours d’ouverture

 

L’événement social en appui à la manifestation de Caledonia n’était pas tenu dans une maison longue traditionnelle, mais j’ai quand même dû respecter certaines formalités. Après un copieux repas-partage à base de légumes, de viandes et de sauces, un homme que les hôtes avaient désigné préalablement s’est levé et a commencé à s’adresser aux gens. Il avait à peine vingt ans, mais il a commencé à réciter le Ganohonyohk, ou Discours d’ouverture, avec beaucoup d’aplomb. Il a parlé cayuga, sans utiliser un seul mot d’anglais ou de français.

Le Ganohonyohk est à la fois un discours, un mot de remerciement et une prière. Les ancêtres des Six-Nations l’ont élaboré il y a plusieurs siècles. Certaines personnes le désignent sous le vocable « les mots qui viennent avant tout ». Son but a toujours été d’instaurer une bonne attitude et d’amener les gens à se concentrer sur les motifs du rassemblement. Pour atteindre cet état d’esprit, les générations précédentes devaient souvent oublier les détails de ce qui aurait pu être un long et dangereux périple en canoë ou à pied. Un face-à-face avec un ours ou le chavirement d’un canoë, par exemple, seraient difficiles à oublier. Les Haudenosaunee modernes peuvent devoir oublier des ennuis mécaniques avec leur voiture ou d’autres problèmes.

À cette fin, le Ganohonyohk élève le niveau des esprits. Un bon moyen d’y parvenir consiste à se souvenir de toutes les choses pour lesquelles nous devons être reconnaissants. Ainsi, les paroles apaisantes du premier orateur servent à débarrasser symboliquement les cheveux des voyageurs fatigués des brindilles et des feuilles qui y seraient restées accrochées.

L’orateur de l’événement social auquel j’ai participé n’a parlé que quelques minutes. La version longue aurait pris plus d’une demi-heure.

La version courte peut commencer comme suit : « Nous sommes heureux et reconnaissants de voir ce grand rassemblement et de nous voir en bonne santé. Nous avons voyagé sur des routes dangereuses et sommes arrivés sains et saufs. Gardons cela à l’esprit.

Maintenant, soyons reconnaissants envers notre mère, la Terre. Nous venons de la terre. La nourriture que nous mangeons vient de la terre. Quand nous mourrons, nos corps retourneront à la terre. Gardons cela à l’esprit.

Maintenant nous serons reconnaissants et nous nous rappellerons les nombreuses sortes de plantes qui couvrent la terre. Les belles fleurs nous rendent heureux. Les herbes nourrissent les animaux. Les plantes médicinales nous gardent en santé. Gardons cela à l’esprit.

Nous allons maintenant repenser aux nombreuses sortes de baies et de fruits que nous utilisons comme nourritures et comme médicaments, en nous allons en être reconnaissants. En particulier, nous nous souviendrons des fraises. Gardons cela à l’esprit. »

Dans le Ganohonyohk, cette liste se prolonge jusqu’à ce que la plupart des choses qui se trouvent dans l’ensemble de l’univers aient été mentionnées. Cela inclut les grandes forces de la nature comme la pluie, le vent, les étoiles, la Lune (que nous, Haudenosaunees, appelons notre « grand-mère »), le Soleil qui éclaire la Terre, Skaniyadio (Beau-Lac), qui relate les bonnes paroles du Créateur, et les quatre messagers célestes. Les remerciements finaux sont réservés à notre Créateur (le Grand Esprit) qui vit dans les Cieux et qui nous envoie ses dons ici sur Terre.

Il y a plusieurs années, j’ai entendu le discours d’« action de grâce » en anglais. Kevin Deer, un professeur de langue mohawk, a livré le message. Cela s’est avéré une prestation oratoire incroyable.

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