Entrevue avec Paul Nadjiwan

nterviewer: Franziska von Rosen (FvR)
Site de l’entrevue: Centre culturel Ojibwe, Ile de Manitoulin
Filmée par: Les Productions Pinegrove, Lanark, Ontario

FvR: Paul, est-ce que vous pourriez commencer par nous parler de la cérémonie que vous avez dirigée ce matin?

Paul: Ce matin, on a accueilli la nouvelle lumière du jour. Notre but, en faisant cette cérémonie, était de commencer de bon matin, avec le soleil levant et l’apparition de l’aurore. C’est le meilleur moment de la journée pour dire notre prière principale et faire notre demande de la journée. L’esprit soleil vient nous reconnaître et veiller sur nous. Alors, on parle de la chanson qu’on chantait aujourd’hui comme de la Chanson de l’Esprit Soleil. Dans la langue Ojibwe, les mots signifient que l’esprit soleil sort pour veiller sur nous, pour nous regarder. Bien qu’il soit difficile de traduire ça en anglais, cela veut dire que l’esprit soleil prend possession de la relation entre nous et toute la création.

FvR : Pourriez-vous me dire un peu comment vous en êtes venu à connaître cette chanson?

Paul : J’imagine que quand j’étais plus jeune, j’avais ce que je considère comme des rêves un peu inusités. Je rêvais de nos vieux et d’autres gens qui chantaient des vieilles chansons, des vieilles chansons traditionnelles. Je les voyais faire des cérémonies et d’autres choses. A un certain moment de ma vie, j’ai vraiment rencontré ces gens dont j’avais rêvés. Je me suis senti obligé de faire un pas en avant, de me présenter et de leur parler de mes idées et de mes sentiments par rapport aux choses qu’ils faisaient et ce que mes réflexions antérieures étaient à travers les rêves que j’avais eus des choses qu’ils faisaient. Après un certain temps, ils ont partagé beaucoup de leurs connaissances avec moi, en se basant sur les instructions originales, les enseignements, et les lois qui nous régissent et nous ont été transmises de génération en génération depuis la nuit des temps.

Alors, c’est la continuation de cette responsabilité de prendre ces règles, ces lois et ces valeurs, les principes qui ont guidé nos ancêtres, et de les intégrer à ce qu’on appelle une bonne façon de vivre.

On appelle ça Aminobamatesiwe (orthographe?). Et c’est pour nous une manière de bien se conduire, de manière saine et respectueuse..

FvR : Est-ce qu’on peut parler maintenant du tambour que vous avez fabriqué hier, celui que vous tenez en ce moment [image visuelle]. Peut-on parler du processus de fabrication de ce tambour?

Paul: Eh bien, souvent quand on se prépare à fabriquer un tambour, on procède à plusieurs cérémonies et on fait des offrandes comme, par exemple, du tabac, de la nourriture, et d’autres choses. D’habitude, on fait ça dans des lieux privés dans la forêt, et on demande ces choses-là. Quand on reçoit un message favorable qui nous encourage à accomplir cette tâche, souvent, on remarquera qu’un animal sera prêt à donner sa vie, et jusqu’à sa peau, afin qu’elle soit utilisée dans la fabrication d’un tambour [image visuelle]. On utilise aussi l’arbre et ce que vous voyez là-dedans, plié en forme arrondie. Ça, c’est un frêne, et le frêne est un bon bois avec lequel on peut bien travailler. Il se prête bien à la forme. Il répond bien à la vapeur. On peut le courber et il garde une bonne forme. Quand il sèche, il devient très dur. Donc, c’est un bon bois avec lequel on peut bien travailler.

Alors, on enlève le poil de la peau et tout le gras qui est en trop, et on gratte bien la peau jusqu’à ce qu’elle devienne douce et lisse [image visuelle]. Ensuite, on doit placer la peau sur une surface mouillée pour l’étirer. Ce que l’eau fait c’est qu’elle donne à la peau son élasticité. Et vous pouvez voir à différents endroits comment la peau est étirée.

Des fois, la peau est plus fine à certains endroits plutôt qu’à d’autres. Maintenant, une peau fine en soit n’est pas nécessairement une mauvaise chose, parce qu’elle s’étire plus facilement. Mais en même temps, ce qu’on recherche, c’est la partie la plus consistante de la peau. Ce que la peau permet, c’est en même temps la capacité de s’étirer et celle de garder sa forme. Donc, la partie la plus épaisse de la peau retient mieux la forme. La partie qui est plus fine s’étire mieux, alors ce qu’on veut, c’est tirer le meilleur parti des deux. On a été très chanceux d’avoir pu extraire assez de peau d’un seul cerf pour les deux côtés du tambour.

Alors, on sait quelle partie de la peau on veut. Ensuite, on la coupe à une dimension approximative [image visuelle]. On y fait deux trous [image visuelle] et on utilise notre corde pour bien attacher les deux peaux ensemble [image visuelle] afin de donner au tambour un son juste. Il est plus facile de chanter avec un tambour qui a la peau bien étirée. Des fois, on utilise le feu pour chauffer les peaux avant de les ajuster pour le son, avant nos cérémonies. On veut un son parfaitement clair et un ton juste.

Parfois, il arrive qu’un tambour soit peint. La seule fois où un tambour est peint est lorsqu’on a eu une vision d’un esprit nous a demandé ou enjoint de le faire. C’est ainsi que tous les tambours ne sont pas peints. Et parfois, on peut voir une veine ou peut-être de petits os d’animaux, ce qui donne au tambour la même allure qu’un tambour caisse.

Alors quand on chante avec le tambour, il produit ces vibrations. Et toutes ces choses reflètent des sons que l’on trouve dans la nature. Ils sont tous naturels.

FvR : A quoi sert ce type de tambour?

Paul : Quand on voit un tambour comme celui-ci avec deux peaux, en général cela signifie que c’est un tambour qu’on emploie pour des cérémonies. Il est aussi utilisé par le guérisseur [image visuelle]. Ce qu’ils avaient l’habitude de faire lors d’un camping, en posant des pièges pour les animaux en forêt, et en chassant, c’est qu’ils suspendaient le tambour. Il y avait une corde en bas qu’on attachait au sol. Ils faisaient cela pour indiquer que le tambour venait du paradis. On le suspendait à un endroit où on pouvait l’utiliser. Cela donnait au chanteur, ou au maître de cérémonie, la liberté d’utiliser ses mains pendant que le tambour était suspendu.

Le tambour est un instrument très sacré et puissant qu’on utilise pour communiquer avec le créateur, avec les pouvoirs de la création, avec tous les animaux qui nous aident, nous envoient des messages et nous guident de plusieurs façons [image visuelle]. On l’utilise aussi pour communiquer avec les pouvoirs de la création. Certains préfèrent en parler comme des personnages de vieilles légendes qu’on appelle [atsokanek ???]. Et c’est comme ça qu’on fait ces choses-là.

FvR : Comment avez-vous appris à fabriquer un tambour?

Paul : J’ai appris à fabriquer des tambours en fréquentant les vieux, en les observant en train de faire ces choses.

J’imagine que quand j’étais jeune, j’ai eu la chance de connaître tous mes arrière-grand-parents. J’avais aussi quelques arrière-grand-tantes et quelques arrière-grand-oncles. Plusieurs d’entre eux faisaient de la trappe, et chassaient. Ils confectionnaient des remèdes médicinaux traditionnels, et étaient impliqués dans diverses cérémonies. Alors, quand j’étais jeune, j’ai eu la chance d’observer certaines de ces activités. Mais avec le temps, et le décès de plusieurs membres de ma famille, j’ai rencontré quelques vieux qui possédaient encore une certaine connaissance de ces choses. De façon curieuse, un grand nombre de vieux avaient réussi à garder vivantes ces cérémonies et ces vieilles chansons. Ces traditions n’ont jamais pénétré les écoles de pensionnats, car elles n’étaient pas considérées par la culture dominante comme des formes d’éducation ou de raffinement.

Mais nos hommes et nos femmes ont, malgré cela, été capables de conserver leurs traditions, de connaître leur environnement naturel, et de savoir comment l’utiliser.

FvR: Et en ce qui concerne les rôles des femmes et des hommes?

Paul: Les rôles des femmes et des hommes ne sont pas aussi clairement définis qu’on pourrait le penser. Ils le sont jusqu’à un certain point, mais autant une femme qu’un homme peut chasser, si elle ou il en a besoin. Ils peuvent tout aussi bien pêcher, gratter des peaux. Vous savez, faire des paniers, jardiner, toutes sortes de choses qu’on faisait dans le temps. Il y a des gens qui disent que les femmes font tout le jardinage. Eh bien, c’est vrai. Parfois elle le faisaient. Mais parfois ce n’était pas le cas. Parfois, les hommes désherbaient, et ainsi de suite. Alors, on pouvait souvent voir hommes et femmes en train de faire les mêmes travaux.

Quant à certains de nos chefs qui dirigent nos cérémonies, que ce soit dans les fonctions spirituelles, ou autres choses de ce genre, on peut trouver autant des femmes que d’ hommes atteindre un niveau très élevé uniquement sur la base de leurs dons et de leur talent. Ainsi que leur dévouement à leur tâches et les occasions qu’ils ou elles ont eu de fréquenter des vieux. Ces choses deviennent alors pour eux et elles des devoirs et des responsabilités non seulement vis-à-vis d’eux-mêmes, mais aussi de leurs familles, de leurs clans et de leurs nations. Et parfois, d’autres nations empruntent nos chefs ou nos guérisseurs, vous savez, pour leur expertise, et pour le respect qu’ils éprouvent pour leur savoir.

FvR : Et par rapport à l’entretien du tambour?

Paul : Le tambour et d’autres objets cérémoniaux comme les plumes, les remèdes médicinaux, et les choses de ce genre, ont une place bien particulière dans nos maisons.

On les place dans des endroits où personne ne peut les enjamber, car on croit que ce n’est pas bien pour l’esprit et la sainteté de ces choses, et que cela peut affecter leur énergie et la nôtre. Alors, on les garde donc dans des endroits bien spéciaux, dont tout le monde à la maison comprend bien qu’il s’agit d’un espace pour les objets sacrés.

Dans ma maison, je garde le grand tambour dans mon salon, et tout le monde est content avec ça [image visuelle]. Le tambour est toujours là, sauf quand j’ai besoin de le prendre et de l’emporter quelque part. Ma femme aussi possède son espace propre où elle garde ses choses à elle. C’est pareil pour mes filles, particulièrement celles qui ont gagné certaines de ces choses.

FvR : Y-a-il d’autres genres d’entretien?

Paul : Eh bien, on fête nos tambours deux fois par an. Chaque fois qu’on fait des cérémonies, on fait aussi une fête en général. Et directement et indirectement, les tambours, nos pipes, nos plumes, toutes les choses qu’on utilise sont fêtées aussi.
Alors, on nourrit nos objets sacrés, et nos tambours, à leur tour, nous nourrissent en nous permettant de rester équilibrés et en santé.

FvR : Pouvez-vous me dire ce que signifie d’être un gardien de tambour?

Paul : Les gens qui deviennent gardiens de tambour ont souvent un don pour ça.
Quelqu’un peut bien aller acheter un tambour et devenir gardien de tambour. Mais dans dans notre culture, être gardien de tambour a une tout autre signification culturelle.

Un gardien de tambour est une personne spirituelle, un gardien de tambour suit un mode de vie sain, qui est respecté par sa famille et les membres de sa communauté. Un gardien de tambour a pour devoir d’aider dans les activités communautaires lorsqu’on fait appel à lui ou elle pour remplir ses obligations comme il se doit.

Souvent les communautés elles-mêmes fournissent un honoraire financier à quelqu’un ainsi que des cadeaux. Normalement, le maître de cérémonie garde un ou deux cadeaux comme souvenir, mais en général, il ou elle distribuera le reste.

Souvent, une femme rêvera d’un tambour. Ou alors, à cause de son engagement dans les pratiques cérémoniales de sa famille, elle devient la gardienne du tambour cérémonial dans la famille, et prend prééminence par rapport à l’un de ses fils. Parfois, l’âge joue un rôle aussi, mais pas toujours. C’est surtout basé sur quels membres de la famille ont vraiment démontré une participation active et un dévouement à ces pratiques. Et ces choses leur sont alors transmises.

FvR : Est-ce que ça signifie qu’elle s’assoit au grand tambour?

Paul : Non, elle va seulement aider dans les cérémonies organisées avec ce tambour. Elle va aussi s’assurer que ce sont les bons chanteurs qui sont choisis pour chanter avec ce tambour. Elle a également l’autorité et le droit de dire quelles sont les chants qui seront chantés et quelles sont ceux qui sont chantés avec ce tambour. Souvent, les chanteurs sont des membres de la famille. Mais pas toujours. Il se peut que ce soit seulement des gens qui sont là et qui sont considérés comme connaissant bien les chansons traditionnelles qu’on utilise, car beaucoup de tambours partagent certaines de nos chansons.

FvR : Comme êtes-vous devenu gardien de tambour?

Paul: Eh bien, j’imagine que le tambour que je porte, le grand tambour que j’ai, et bien, quand j’étais jeune, j’ai eu plusieurs rêves et j’ai vécu plusieurs expériences. J’ai en quelque sorte suivi ces rêves et ces expériences et j’ai trouvé des personnes qui ont pu m’expliquer ce que signifiaient ces expériences. Et avec le temps, j’ai développé un intérêt pour les vieilles histoires, les vieilles traditions, et tout ça. Je suis alors devenu très actif en participant et en aidant les vieux. C’est ainsi qu’ils sont devenus mes mentors dans les genres de coutumes et d’exigences que ces coutumes représentaient et qui sont indispensables pour remplir nos obligations cérémoniales.

Alors, en peut dire grosso modo, qu’en aidant les vieux, on peut arriver à comprendre ces coutumes un peu mieux et à réaliser l’importance et les avantages des cérémonies. Ça prend beaucoup d’années de formation avec les vieux et les membres de la famille qui comprennent le contexte de ces chants. On n’invente pas des chansons nous-mêmes. Elles nous été transmises et elles sont nées de rêves et de visions. Ces chansons ont donc un certain pouvoir et on est responsables de les conserver. On essaye de les conserver exactement comme elles nous ont été transmises. Parfois, quelqu’un peut vraiment parler ou communiquer avec l’esprit de cette chanson. Alors, cette personne devient la gardienne de la chanson. Alors, on apprend des chants et on les apprend par cœur. Mais lorsqu’il arrive qu’une personne communique directement avec l’esprit de la chanson, alors c’est là qu’elle obtient la permission de l’utiliser elle-même lors d’une cérémonie. Souvent, c’est comme ça que ça marche.

FvR: Que pourriez-vous me dire sur les origines des chansons que vous chantez avec ce type de tambour?

Paul: L’origine de ces chansons qu’on utilise avec un tambour comme celui-ci, qui est un tambour cérémonial à deux côtés, provient soit de nos propres visions, soit d’un tambour qui a été utilisé pour la chasse, soit pour confectionner des remèdes médicinaux, ou encore des traitements de guérison qu’on pratique. Elles sont donc très sacrées. Et ne peuvent être utilisées que dans leur propre contexte. C’est ainsi que la Chanson de l’Esprit du Soleil qu’on a chantée ce matin, c’est le seul moment où on peut chanter cette chanson, c’est-à-dire au lever du jour.

Paul : J’ai expliqué que ce tambour était un tambour cérémonial et qu’avec le temps, il serait utilisé par quelqu’un qui pourra, et qui aura les chansons qui peuvent être utilisées avec ce type de tambour. Mais j’aimerais vous montrer un autre tambour que j’ai depuis plusieurs années.

Ce tambour, comme vous le voyez, a de la peau sur un côté [image visuelle] seulement. C’est un tambour du nord qui vient du Territoire du Yukon et qui a été fabriqué par quelqu’un qui, je crois, s’appelait George Dawson. Et je crois qu’il était le Chef du Clan des Loups en haut dans les Territoires. Il était aussi un chef respecté et bien connu. Il ne fabriquait que des tambours pour chanteurs. Il n’aurait pas fabriqué un tambour pour quelqu’un qui l’aurait simplement suspendu à un mur de salon, ou quelque chose de ce genre. Il possédait un style et un modèle uniques [image visuelle du dos d’un tambour].
Je dois avouer que savoir exactement quelle quantité de peau il faut couper et l’ajuster si bien, vous savez, c’est vraiment, mais vraiment, extraordinaire.

On peut deviner qu’il a dû fabriquer une quantité considérable de tambours pour savoir ce genre de chose. Et ensuite, le tambour est lié par une pièce croisée là, qui le tient bien ficelé, et qui probablement retient le cercle parfaitement bien tendu.

En général, les femmes qui portent des tambours à main chez les Anishnabe, portent des tambours qui n’ont qu’un seul côté, comme celui-ci. C’est ça qui leur a été donné. Mais on partage beaucoup de chants similaires. Mais il y a certains chants que seuls certains chanteurs chantent, à cause du pouvoir de ce chant, ou de la reconnaissance de l’esprit de ce chant. Alors seule cette personne a le droit exclusif de chanter ce chant. Et tout le monde sait que seules certaines personnes peuvent chanter ce chant.

Je ne sais même pas combien on a de chants qui sont chantées avec notre tambour, nos tambours à main, nos tambours à eau, et nos tambours au siffleur doré. Et on a aussi de très petits, tout petits tambours. Le premier tambour qui a été donné aux gens pour l’utiliser était en fait très petit et était utilisé dans des cérémonies. Les tambours ont grandi avec le temps. Vous voyez, il résonne bien. Et c’est ce qu’on veut dans un tambour. Cela nous facilite la tâche quand on chante avec ce genre de tambour.

FvR : Pourriez-vous parler un peu de la signification du bâton de tambour que vous êtes en train d’utiliser?

Paul: Encore une fois, c’est un bâton cérémonial et on l’appelle la griffe du siffleur doré [image visuelle], et comme je suis le gardien de ce tambour, voici le genre de bâton que j’utilise. Je l’ai reçu au cours d’une vision où les anciens m’ont encouragé à faire ça. Mais tous les chanteurs n’utilisent pas ce genre de bâton. Il est fait uniquement pour les chants traditionnels. Et j’utilise celui-ci comme un bâton de tambour à main.

Il a été fabriqué par un vieux de la communauté du Pays Plat (près de Schreiber, Ontario) près du Lac Supérieur. C’est un très bon bâton.

FvR : Vous parliez du fait que vous êtes le gardien du tambour du siffleur doré, et chez vous, il y a un tambour qui porte le symbole du siffleur doré et vous avez également un tambour à main. Quelle est le lien entre les deux?

Paul : Eh bien, parce que ces tambours ont participé aux mêmes cérémonies, je peux chanter presque tous les chants avec eux. Pas tous, mais parfois on me demande d’ouvrir une réunion ou quelque chose comme ça, j’apporte seulement mon tambour à main. Mais en général, j’apporte le grand tambour avec moi. C’est un tambour de l’esprit de grand père. Et l’esprit de ce tambour provient d’ici, de l’Ile de Manitoulin. Et mon arrière-arrière-grand-père de Wikwemikong était le gardien de cet esprit jusqu’aux années 1930 environ.

Depuis lors, quand il est mort, dans les années 1980 environ, l’esprit du tambour n’a pas été utilisé. Et parce que je chantais et je travaillais avec les vieux en les assistant aux cérémonies, cet esprit s’est manifesté à moi. C’est alors que le tambour a été fabriqué en quelque sorte pour être amalgamé avec l’esprit. Cet esprit habite ici sur l’Ile de Manitoulin.

Ces couleurs que vous voyez ici sont les couleurs que j’utilise pour mon tambour et les cérémonies auxquelles je participe [image visuelle]. Et cela représente, ces couleurs que vous voyez ici, on les appelle[manito nimkibenesimikn???]. Ce qui veut dire la route de l’esprit du siffleur doré. Alors, après une tempête de pluie, quand vous voyez ces couleurs, ou bien quand vous voyez la couleur orange ou pourpre, les variations de couleurs qu’on trouve dans un arc-en-ciel, chacune de ces couleurs désigne une partie du travail que les siffleurs ont réalisé quand ils ont apporté la pluie à la terre. Ils ont nettoyé la terre; ils ont nettoyé les lacs et les rivières. Ils ont donné à boire aux plantes.
Vous savez, ce genre de choses, pour que la vie continue. Le siffleur doré possède un rôle important qui consiste à faire renaître la création chaque printemps. Et tous les oiseaux reviennent du sud au printemps, après s’être reposés. Et quand ils reviennent, c’est le siffleur doré qui les ramène.

FvR : Comment est-ce qu’on appelle ces tambours en Ojibwe?

Paul : En fait, il s’agit plus du tambour à deux côtés dont on parlait. J’ai entendu des gens l’appeler [kiwesitegn] qui signifie tambour du vieux. Et on appelle le grand tambour le tambour du grand-père [mishomsinantewegn???], ou bien nokomisantewegn, si c’est un tambour de l’esprit de grand-mère. Parce que, comme pour les siffleurs dorés, les esprits sont toujours male et femelle.

FvR : Et en ce qui concerne le son du tambour du siffleur doré?

Paul : Parfois, quand vous êtes dehors et qu’une tempête approche, vous entendez en fait le tonnerre qui roule dans le ciel et vous voyez les nuages qui se déplacent rapidement et ce bruit est identique à celui d’un battement de tambour.

C’est donc ainsi que les siffleurs dorés nous donnent une partie de ce qu’ils possèdent pour qu’on puisse en bénéficier. Ils nous enseignent ceci: Tant que vous ne nous oubliez pas, on s’occupera toujours de vous. C’est ça le message des siffleurs dorés.

C’est ainsi qu’ils représentent un lien avec nos grand-parents, nos grand-mères, et le souvenir de bien belles réalisations qu’ils ont faites de leur vivant. Et l’exemple qu’ils ou elles nous ont donné. Alors, on est ici pour se souvenir, grâce aux siffleurs dorés, de ces choses et de continuer à les faire.

FvD: Les gens parfois disent que le bruit du tambour ressemble au battement du cœur de Notre Mère la Terre. Pourriez-vous nous en parler?

Paul : J’imagine que les gens essayent de décrire aussi éloquemment et aussi personnellement qu’ils le peuvent. Souvent, quand les gens entendent le tambour pour la première fois, ils ont envie de pleurer. Parfois, ils ont peur. Parce que ce que ça fait, c’est que ça ramène chaque personne au temps où elle se développait dans le ventre de sa mère. Et la continuité qui existait à ce stade de développement de notre vie, c’était le battement du cœur de la mère. Quand on sort du ventre de la mère, on pleure parce qu’on perd cette continuité. Alors c’est pour ça qu’on recherche ce battement. Alors, le tambour nous le rappelle. Il nous revitalise, nous réconforte et nous donne force, compréhension, sagesse, sérénité, et on partage ça avec tout le monde. On a des chants pour presque tout ce que vous pouvez imaginer, pour célébrer la création dans toutes les manières que nous avons de nous y intégrer.

Alors, nous faisons tout notre possible pour essayer de conserver l’authenticité de ces chants, et des enseignements de tambour. Ce n’est pas donné à tout le monde, mais il y a une poignée de gens qui ont dévoué leur vie pour s’assurer que ces choses se perpétuent.
Et je sais que c’est comme ça que les anciens le voulaient. Ils nous ont confié la garde de ces choses.

FvR : Quand vous parlez de quelque chose qui est traditionnel, que voulez-vous dire?
Paul : Eh bien, je connais des expériences de vieux et de différentes personnes qui ont rêvé de chants. Ensuite, ils vont à une réunion quelque part et ils ne sont peut-être pas très sûrs de la signification d’un chant. Des fois, ils le savent sur-le-champ, mais parfois, ils n’ont sont tout à fait sûrs. Mais ils veulent s’assurer que ce chant leur a été légué afin qu’ils le conservent et le fasse ensuite connaître.

Je pense à un chant qu’on chante pour célébrer notre nourriture. Et c’est l’esprit d’une grand-mère ours qui bénit cette nourriture et porte le message à la création pour lui dire qu’on est en train de faire cette offrande de remerciements. Et c’est ainsi qu’un vieux en a rêvé et à commencé à chanter ça à certaines de nos réunions. De façon étrange, l’une des plus vieilles Anishnabe kwe (grand-mère autochtone), qui avait probablement autour de 100 ans, était assise là. Et, quand elle a entendu le chant, elle est allée vers l‘homme et lui a dit: C’est ce chant qu’ils chantaient quand j’étais petite pour honorer la nourriture. Il appartient à l’esprit de la grand-mère ours. Et je vais vous dire qu’il contient des mots qui vont avec ce chant. Ce sont les mots « Nakigekwe, Nakigekwe« (?) ce qui signifie simplement « une femme pour toujours, une femme pour toujours« . Alors, quand elle entend ce chant, elle sait qu’on est en train d’honorer la nourriture et on fait danser la nourriture tout autour, on la célèbre et c’est ainsi qu’on célèbre la création du même coup.

Où qu’une femme se trouve, elle dansera en entendant ce chant. Alors, voilà comment on chante une partie de ce chant [il chante le chant].

Nos vieux croient que si vous entendez ce chant une seule fois, vous serez capable de vous en souvenir, mais il se pourrait qu’il vous faille une vie entière avant que ce chant ressorte et qu’on en ait besoin pour une cérémonie quelconque. On me demandera peut être de le chanter dans 30, 40, 50 ans, ou peut-être même plus. Un vieux m’a dit. Il m’a dit: ça fait à peu près 70 ans que je n’ai pas entendu ce chant. Ce sont les vieux qui me l’ont appris, un des plus vieux résidents de la communauté. Il a dit: « Un jour tu vas utiliser ce chant. Mais j’aimerais que tu te souviennes de ce qu’il signifie« . Et un jour, j’étais assis là, et puis on a demandé à un vieux de faire une cérémonie pour un homme qui était un enseignant traditionnel compétent, et ce chant lui est venu. Et il n’a pas pu dire grand-chose, car il craignait de perdre le chant. Normalement, on prie et tout, avant de faire quoi que ce soit. Alors, il a été très bref et il s’est assis au tambour et il a dit : « je vais chanter une vieille chanson et ensuite je vous en parlerai« . Et il a commencé à chanter. Une belle, mais alors une belle chanson. Plus tard, il nous a dit que c’était une chanson qu’il avait entendue il y a 70 ans et qu’il ne l’avait jamais chantée jusqu’à ce jour-là. Mais après, il l’a chantée de nouveau. Donc, ces chansons sont vraiment spéciales.

FvR : Comment percevez-vous votre rôle de transmetteur de traditions?

Paul: Quand je rencontre des jeunes garçons ou des jeunes filles ou simplement des personnes qui comprennent vraiment l’importance de l’élément et témoigne d’un intérêt et d’une humilité, ainsi que de tous les autres aspects qui sont liés à ces choses, je leur apprend. Mon but c’est de donner aux jeunes une information qu’ils peuvent comprendre et qu’ils peuvent utiliser eux-mêmes. Et vous avez peut-être remarqué que parfois ils étaient en train d’attacher, de couper, et de faire des trous, etc… [image visuelle].

Car, quand on a ce lien direct et concret avec quelque chose qu’on crée, la chose qu’on fait acquiert plus de sens pour soi. On sait qu’on a créé ça grâce à nos efforts. Et rien que ça en soit mérite que les jeunes tiennent, entre leurs mains, quelque chose qu’ils garderont toute leur vie. Un jour, je serai parti depuis longtemps, et ils seront là à tourner en round et se diront: « Tiens, on va fabriquer un tambour aujourd’hui« . Ou bien, « on va faire une cérémonie aujourd’hui« , « et puis, voilà ce dont je me souviens« ; Voilà ce que je comprends de ce qu’on va faire aujourd’hui« . C’est ça qui est formidable. Parce que je regarde en arrière, pas très loin et je vois mes vieux, mes grand-parents, et les autres qui nous ont transmis le savoir. Et je réalise que ça ne semble pas si longtemps qu’ils étaient là. Ils ne sont plus là, mais leurs messages et leur sagessse sont restés.

On partage autant l’expérience que la responsabilité. Ils ne s’en rendent probablement pas encore compte. Mais, avec le temps, ils réaliseront. Ils se sentiront très à l’aise et ils auront confiance en ces choses. Et c’est ainsi qu’il faut que ça soit. Ils doivent être fiers et prendre possession de ces choses. Et, à leur tour, un jour, ils seront capables de faire des choses quand on le leur demandera. Et, ils se sentiront à l’aise avec ces choses. Ils ne les éviteront pas. Ils ne se sentiront pas incapables d’être à la hauteur des attentes des gens. Alors, c’est pour ça que je veux qu’ils se sentent à l’aise avec ces choses.

FvR : Quel intérêt voyez-vous parmi les jeunes pour ces choses?

Paul : La différence entre beaucoup d’enfants aujourd’hui et quand je grandissais dans les années soixante, c’est qu’à l’époque, il y a avait beaucoup de gens qui parlaient Ojibwe couramment. Et, en fait, c’était la langue principale qu’on entendait autour de nous. Vous savez, je me souviens qu’il arrivait qu’on n’ait pas d’agent de police, et c’étaient les vieux qui assuraient le service de police. Et les vieux s’asseyaient le soir près du centre communautaire où on se réunissait pour jouer. Ils nous surveillaient et nous écoutaient. Ils nous parlaient en Ojibwe. Et s’il y avait un problème de conduite, ils intervenaient rapidement pour le corriger. Et puis, quand ils nous disaient que c’était assez, on comprenait ça. Aujourd’hui, il y a plusieurs facteurs qui entrent en jeu. Le fossé entre les générations, la technologie, toutes sortes de choses qui peuvent distraire des avantages sociaux qu’offrent les activités sociales telles que le chant, la danse, les sports, les loisirs, et la vie au grand air.

Et je pense qu’on a vraiment besoin de voir comment on peut essayer de rassembler toutes ces choses. Car autant notre intellect que notre corps et notre esprit contribuent à nôtre bien–être. Actuellement, il existe même parmi les gens qui appartiennent à la culture dominante, un intérêt pour ces choses. Il y a aussi d’autres pays qui partagent ce besoin commun. Et on sait, quand on regarde notre environnement, qu’il nous incombe à tous de le conserver. En ce faisant, on partage tous les avantages et les occasions qu’on a connus et dont on a bénéficié avec sept générations futures.

FvR: Est-ce-vous pensez que, parmi les membres de votre famille, il y en a qui chanteront?

Paul : Eh bien, aussi étrange que cela puisse paraître, dans ma famille, on chante presque tous. Et quand j’essaye de les faire chanter, ils refusent en général, car c’est comme si c‘était un ordre qui venait de Papa. Mais souvent, je les entend chanter pendant qu’ils jouent, ou qu’ils font leur chambre. Ou alors, je les entends fredonner certaines chansons ou des morceaux de ces chansons. Ils les entendent assez souvent pour s’en souvenir. Je ne pense pas qu’ils oublieront ces chansons. Quand on va faire une ballade en voiture, ou qu’on part en vacances, ou en visite chez la famille ou quelque chose, on écoute des CD ou quelque chose. Mais, quand j’éteins la radio et le CD, et je me mets à chanter, personne ne se plaint jamais. En général, je leur explique la signification de la chanson et sa provenance, et quel vieux me l’a enseignée; si j’en ai rêvée, quelles étaient les circonstances de la vision, etc….

Ainsi c’est un processus éducatif qui est tellement passif qu’ils ne peuvent pas le catégoriser comme école, enseignement culturel, ou conscience culturelle.

FvR: Votre fils Jack a seulement huit ans. Quelle est l’importance de lui enseigner ces choses alors qu’il est encore si jeune?

Paul: Je pense que c’est très important. Je pense que le système d’éducation pourrait être tellement plus riche, si on pouvait prendre le temps de s’occuper des besoins physiques et émotifs des enfants, au fur et à mesure qu’ils grandissent et qu’ils consolident ces aspects de leur développement. Cela pourrait se faire dans une grande mesure à travers des activités pratiques, et aussi en les aidant à comprendre l’environnement, la nature, l’écologie, et la vie de la faune et de la flore. Ils ont également besoin d’apprendre la respect quand ils chassent, comment utiliser les animaux, comment les partager. Et vous savez, ces choses sont parmi les choses les plus belles qui manquent le plus à l’école. Et parfois, on s’attend à ce que les adultes comprennent ça et trouvent leur chemin dans la forêt, mais je ne pense que ce soit comme ça que ça marche. Les enfants ont besoin d’être exposés à ça de façon naturelle, de manière à ce qu‘ils se sentent à l’aise avec ça.

J’essaye d’y amener autant de gens que je peux. C’est ainsi qu’on partage une expérience et je pense que ça établit et consolide une relation. Ces deux aspects deviennent alors des souvenirs de réalisations de choses qui ont été faites ensemble. Partagez-les et laissez-les tirer leurs propres conclusions et ce que ça signifie pour eux. Et s’ils posent des questions, eh bien, j’y répondrai. C’est ainsi que je vois les choses. J’ai encore plus de chants que je veux apprendre. Des chants très particuliers.

FvR: Voyez-vous l’un de vos fils marchant sur vos pas?
Paul: Eh bien, je pense que tous les deux chantent. Tous les deux ont de belles voix et c’est bien parce que leur mère a aussi une belle voix. Je fais de mon mieux pour encourager ce qui sort d’eux. Le garçons possèdent de bonnes voix. Steven est un peu plus timide. Il est aussi plus jeune que Jack d’un an. Mais je pense que Jack est plus naturellement enclin à être dans ce genre de choses. Ce qui ne veut pas dire que mon autre garçon n’apprécie pas, ou ne respecte pas ces choses, ou quoi que ce soit, mais il est un peu réservé. Je pense qu’il se plongera dans ces choses quand il sera plus grand. C’est ce que je ressens. Alors que Jack demeurera constant jusqu’au bout, Steve s’y mettra plus tard et se lancera en plein dedans. Il nous étonnera probablement tous quand il s’y mettra. Mais j’espère vraiment que tous les deux le feront.

Mais, parfois, le seul problème c’est que quelqu’un pense qu’ils peuvent apprendre comme ça, tout de suite. C’est que ça prend beaucoup de temps pour apprendre les genres de vocalises. Par exemple, je peux distinguer la différence entre une chanson Cree, une chanson Ojibwe, et une chanson Micmac. Je connais la différence entre ces chansons quand je les entend, en me basant sur la manière avec laquelle les chanteurs organisent leurs vocalises. Je peux distinguer entre une chanson traditionnelle et une chanson que quelqu’un a inventée de toute pièce.

De façon intéressante, l’esprit humain, et le processus selon lequel on compose une chanson, fonctionne à l’envers d’une certaine façon. Les notes sont vocalisées à l’envers. C’est difficile à décrire, mais c’est ainsi que j’arrive à différencier quand je vais quelque part et que j’entends chanter. Je peux assez facilement savoir s’ils sont en train de chanter une chanson traditionnelle, ou une chanson qui a été inventée au cours d’une soirée assis à un tambour dans un environnement contemporain. Je peux distinguer ces chansons, même si on a affaire à des nations différentes.

J’ai fait ça presque tout le long de ma vie d’adulte et je continuerai à m’y impliquer. J’aime vraiment chanter et je chante tous les jours. Et je suis reconnaissant pour les occasions qui m’ont été offertes, et aussi pour le fait d’être assez doué pour le chant. Cela a une grande signification pour moi.

FvR: A qui, dans la communauté, voudriez-vous exprimer votre gratitude, pour vous avoir aidé dans ce projet?

Paul: Eh bien, je crois qu’il faut remercier tout le monde. La Fondation Culturelle Ojibwe ainsi que son personnel. Mike Cywink, le conservateur du musée, qui nous encourage beaucoup dans ce projet, parce qu’on aide le musée à conserver des articles authentiques et véritables qui peuvent être présentes au public. Nous avons aussi un public international, car on a des gens qui viennent d’Europe et d’Asie pour visiter des lieux comme la FCO.

Quant aux membres de la communauté, il y a Craig Abbotawsaway (?). Il y a aussi d’autres membres de Sucker Creek, la réserve la plus proche de M’Chigeeng ici. Il y a aussi ma famille et ma femme qui participent de près à ce genre d’activités. De toute façon, on fait ce genre de chose à la maison aussi. On ne fabrique pas de tambours, mais mais on fait toutes sortes de choses ensemble, en famille. C’est un processus d’apprentissage à travers lequel on partage, on donne et on reçoit.

FvR: Y-a-t-il autre chose que vous aimeriez ajouter?
Paul : Peut-être que ce que j’aimerais dire, c’est que les gens qui ont un intérêt pour les tambours et le chant devraient se souvenir qu’il y a deux types de chant: contemporain et traditionnel. Le chant traditionnel porte sur des chansons qui ont été transmises par les anciens. Ce sont des chansons qu’on utilisent pour des cérémonies. Si quelqu’un reçoit une plume d’aigle, ou un éventail d’aigle, ou un costume à clochettes, ou une pipe, ce sont ces chansons et ces prières et ces cérémonies qui accompagnent ces choses. Et ça prend longtemps pour apprendre ces choses. Mais c’est une façon très gratifiante de conserver et de pratiquer un mode de vie de façon active. Aussi, on n’essaye pas de vivre dans le passé, mais on s’efforce de vivre avec le passé, et d’utiliser les bonnes choses que nos ancêtres nous ont transmises. Alors, je demande aux gens de considérer ces choses sont sacrées et uniques, et de se souvenir qu’on doit les respecter et les honorer comme elles le méritent.

©2019 This project was made possible with the support of the Department of Canadian Heritage through Canadian Culture Online
Native Dance