En vedette

l’introduction de la section « En vedette ».

Depuis que des Européens de divers horizons ont commencé à arriver en Amérique du Nord, les peuples autochtones sont exposés aux traditions musicales européennes. En conséquence, beaucoup d’Autochtones ont adopté les divers genres musicaux européens et ils continuent d’y apporter leur contribution en tant que musiciens.

Par exemple, les religieuses ursulines de la ville de Québec louaient, en 1640, le talent de certaines jeunes filles, comme Agnès Chabdikowechich, âgée de 12 ans, qui maîtrisait l’instrument à cordes appelé « viole ». Sous le régime colonial français, les chœurs de plusieurs localités s’attiraient les louanges pour leur interprétation des rituels catholiques romains, en s’appuyant souvent sur des harmonies à deux et à trois voix.

Sous la domination britannique, et particulièrement après la formation du Canada en 1867, les autochtones ont été plus que jamais forcés de fréquenter des pensionnats gérés par diverses églises, où l’on interdisait aux enfants de parler leur langue maternelle ou de s’adonner à leurs propres pratiques culturelles, ce qui incluait notamment les musiques traditionnelles. Dans de nombreux cas, cependant, les écoles disposaient de différents instruments de musique, de sorte que bien des enfants sont devenus de bons musiciens. Ils participaient souvent à des fanfares si populaires qu’une fois adultes, ces musiciens formaient des ensembles similaires lorsqu’ils revenaient dans leur communauté.

En Colombie-Britannique, la première fanfare de cuivres s’est formée à la mission catholique de St. Mary’s en 1864. Peu de temps après, une autre fanfare a été mise sur pied à Metlakatla, un établissement dit « modèle » mis en place par le missionnaire anglican William Duncan. En Colombie-Britannique, entre 1864 et 1914, il existait au moins trente-cinq fanfares autochtones, composées généralement de quinze à vingt musiciens, toujours des hommes. Bon nombre de ces musiciens ont ensuite joué de façon professionnelle dans des ensembles comme des groupes de jazz ou des orchestres.

Certains sont même devenus des chefs de renom, comme Job Nelson, qui a probablement acquis son éducation musicale de base à New Metlakatla. Au début des années 1900, cet établissement comptait une fanfare d’instruments à anche, une fanfare d’instruments à cordes, un orchestre, un orchestre de femmes et une fanfare de cuivres (zobos) pour filles. Job Nelson est devenu chef de la fanfare de cuivres Nisga’a de Aiyansh, dans l’ouest de la Colombie-Britannique. Cet ensemble a interprété sa pièce intitulée Imperial Native March (« marche impériale autochtone ») dans le cadre du concours organisé à l’occasion de l’Exposition du Dominion en 1905.

Lorsqu’un vent de renaissance de la musique folklorique a balayé l’Amérique du Nord dans les années 1950, les musiciens autochtones ont commencé à envisager la possibilité de devenir des auteurs-compositeurs et des interprètes en s’appuyant sur leurs propres expériences, voire sur leurs propres langues. Dan George (1899-1981), chef de la nation Tseil-Waututh en Colombie-Britannique de 1951 à 1963, s’est rendu compte que la chanson pouvait être utilisée pour exposer les problèmes de son peuple à un vaste public. Dans ses discours, il avait souvent recours au chant traditionnel pour souligner l’ampleur du patrimoine culturel des peuples autochtones.

Buffy Sainte-Marie (Crie originaire de la Saskatchewan) a commencé sa carrière en chantant des chansons folkloriques anglaises traditionnelles. En 1964, elle a écrit la chanson antimilitariste Universal Soldier, qui est devenue l’hymne du mouvement pour la paix. Une autre de ses chansons de la même année, Now that the Buffalo’s Gone, est devenue connue dans le monde entier. Buffy Sainte-Marie y évoquait sans détour la situation de son peuple. Ses succès ont encouragé beaucoup d’autres personnes dans les années 1960 et 1970, notamment Willie Dunn, Willy Mitchell (Algonquin/Mohawk) et son groupe rock Northern Lights, Ernest Monias (Cri), Curtis Jonnie (aussi appelé Shingoose, Ojibwé), Éric Landry (Innu/Micmac), Morley Loon (Cri), Peter Frank (Micmac), ainsi que Brian Davey et Lloyd Cheechoo de Moose Factory. Au début des années 1970, l’Innu Philippe McKenzie a montré comment il était possible d’intégrer les langues et les traditions musicales autochtones à la musique folklorique, country, pop et rock.

Grâce à la création de festivals, les musiciens ont appris à se connaître les uns les autres et ils ont été encouragés à utiliser leur propre langue pour exprimer leurs propres expériences. Aux environs de 1970, Alanis Obosawin (Abénakise) a organisé une « scène autochtone » (Aboriginal Stage) dans le cadre du festival Mariposa. Toujours au début des années 1970, Alexis Utatnaq s’est mis à la composition de chansons en inuktitut dans le style country. Sugluk et Sikumiut étaient deux groupes de rock inuits formés au début des années 1970. Le musicien inuvialuit Willie Thrasher a pour sa part formé le groupe The Cordells. L’année 1972 a été marquée par le premier festival Toonik Tyme, tenu à Iqaluit, au Nunavut. Fondé par Florent Vollant, du duo de chanteurs folkloriques de renommée internationale Kashtin, le Festival de musique innue Nikamu a été tenu pour la première fois en 1984.

Ce festival continue de réunir de nombreux musiciens autochtones de tous les genres musicaux. Nous ne pouvons guère présenter ici qu’un petit échantillon de noms. Buffy Sainte-Marie a réussi à convaincre les organisateurs des prix Juno du Canada de créer une catégorie distincte pour la musique autochtone en 1993. Le premier lauréat a été Lawrence Martin (Cri mushkegowuk), qui a été suivi, entre autres, par Susan Aglukark (Inuite), Mishi Donovan (Chippewa/Crie), Robbie Robertson (Mohawk), Chester Knight (Cri) et le groupe The Wind, Eagle & Hawk avec son fondateur Vince Fontaine (Ojibwé), Derek Miller (Mohawk), le Taima Project avec Élisapie Isaac (Inuite), Digging Roots, un groupe de blues formé de ShoShona Kish (Anichinabée) et de Raven Kanatakta (Algonquin/Mohawk), Murray Porter (Mohawk), Crystal Shawanda (Première nation Wiikwemkoong), George Leach (Lillooet), Tanya Tagaq (Inuite) et Quantum Tangle (groupe inuit). Un groupe innovateur baptisé A Tribe Called Red (composé à l’origine de membres mohawks, cayugas et algonquins) a créé ce qu’on a appelé le « powwow-step » : un mélange de hip-hop instrumental, de reggae et de musique dubstep. Ce groupe a remporté deux prix Juno en 2014 et en 2018, mais dans des catégories autres que la catégorie autochtone, dans laquelle ils évitent de s’inscrire. La rappeuse Christie Lee Charles (Musqueam) s’est fait connaître avec sa chanson Experience, dans laquelle elle exécute un rap dans son dialecte traditionnel. En 2018, elle a été nommée poète lauréate de Vancouver. Parmi les autres artistes qui retiennent de plus en plus l’attention, mentionnons le duo de hip-hop Snotty Nose Rez Kids (Darren Metz et Quinton Nyce [Haislas]), Aasiva [Colleen Nakashuk, Inuite], joueuse de ukulélé et compositrice, le groupe du Yukon formé par Diyet (Tutchone du Sud) et appelé Diyet and the Love Soldiers, la compositrice-interprète mohawk Shawnee, ainsi que le chanteur et guitariste anishinaabé William Bruce.

 

D’autres organisations canadiennes décernent des prix dans une catégorie distincte pour les œuvres autochtones, notamment les East Coast Music Awards et les Western Canadian Music Awards. En 1993, la Fondation nationale des réalisations autochtones du Canada a commencé à rendre un hommage annuel à des artistes autochtones exceptionnels, dont des musiciens. Maintenant connue sous le nom d’Indspire, elle a rendu hommage aux musiciens Buffy Sainte-Marie, Rita Joe (Micmaque), Tom Jackson (Cri), Alanis Obomsawin (Abénakie), Susan Aglukark, Tomson Highway (Cri), et Robbie Robertson. Les Félix n’ont pas de catégorie distincte pour les Autochtones, mais Claude McKenzie et Florent Vollant, du duo Kashtin, en ont remporté plusieurs.

Depuis 2006, le Prix de musique Polaris rend hommage chaque année à des artistes qui créent des albums de musique canadienne exceptionnels. Le groupe A Tribe Called Red y a été en nomination plusieurs années. En 2014, Tanya Tagaq a remporté un prix pour son album Animism. L’année suivante, Buffy Sainte-Marie a remporté le premier prix avec son album Power in the Blood. Sur une période de cinq ans, Jeremy Dutcher (Wolastoqiyik [Malécite]), inspiré après avoir écouté et transcrit des enregistrements de ses ancêtres réalisés par William H. Mechling sur des cylindres de cire, a créé sa propre musique aux accents classiques, jazz et électroniques à partir de ces mélodies. Dutcher, ténor d’opéra et compositeur de formation classique, a publié les résultats sur son album, Wolastoqiyik Lintuwakonawa, chanté entièrement en wolastoq. Cet album a remporté le Prix de musique Polaris 2018.

 

Dutcher est l’un des nombreux explorateurs des liens entre sa propre culture musicale et la musique dite classique. La violoncelliste et compositrice crie Cris Derksen combine les rythmes traditionnels des pow-wow avec la musique classique pour créer ce qu’elle appelle une « musique orchestrale de pow-wow ». Le compositeur métis Ian Cusson explore l’intersection des cultures occidentale et autochtone dans ses compositions orchestrales et chorales. Au fur et à mesure que de plus en plus d’Autochtones seront reconnus pour leurs compétences en tant qu’interprètes, comme la chanteuse d’opéra Marion Newman (Kwagiulth/Stó:clo), le nombre de ces productions musicales sera appelé à augmenter. La réalisatrice Alanis Obomsawin, dans son cinquantième film, Our People Will Be Healed (2017), braque les projecteurs sur le Helen Betty Osborne Ininiw Education Resource Centre de la nation crie de Norway House dans le nord du Manitoba. Dans cette école, on met l’accent sur la langue crie et l’expression musicale, en plus des matières scolaires régulières. En fait, une scène du film montre 500 violoneux jouant ensemble lors d’un rassemblement!

En 1996, Andrew Balfour (Cri), l’un des enfants des Premières Nations placés en adoption lors de la « Rafle des années soixante », a fondé le groupe vocal innovateur Camerata à Winnipeg. En explorant une vaste gamme d’œuvres chorales, y compris des morceaux de musiques autochtones, il est devenu un excellent interprète, et il a composé plus de trente œuvres chorales, instrumentales et orchestrales. Son œuvre Take the Indian: A Vocal Collection on Missing Children (2015) traite des répercussions des « pensionnats indiens ». L’altiste anichinabée Melody McKiver a récemment lancé un album intitulé Reckoning. Cet album, inspiré par le processus de vérité et de réconciliation, a reçu un excellent accueil.

Les profils « En vedette » ci-dessous permettent de mieux connaître quelques-uns de ces musiciens exceptionnels actifs au Canada.

 

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