Les histoires entourant nos danses

Les Aînés d’Eeyou Istchee nous racontent que les Eeyous confectionnaient des tambours de chasse en cèdre munis de peaux de caribou étirées et magnifiquement décorés, pour tambouriner, chanter et danser afin d’exprimer leur amour, leur gratitude et leur bonheur à la terre et aux animaux qui donnaient aux Eeyous ce dont ils avaient besoin pour vivre. Aujourd’hui, quelques Aînés dans certaines communautés eeyoues continuent de fabriquer des tambours de chasse, mais les aspects spirituels et religieux de leur fabrication et de leur utilisation sont largement absents de l’esprit des chasseurs eeyous modernes.

Ce que nous savons aujourd’hui des danses traditionnelles des Eeyous nous a été transmis par les souvenirs des Aînés eeyous qui ont entendu ces histoires alors qu’ils étaient encore jeunes, et qui les ont transmises à leur tour conformément à la tradition orale des Eeyous. Ces histoires étaient généralement racontées ou récitées aux enfants par leurs parents, leurs grands-parents ou leurs arrières-grands-parents. Un de ces récits oraux eeyous transmis sur de nombreuses générations concerne un jeune chasseur dans un tipi qui se leva et commença à chanter en battant sur son petit tambour, probablement avant ou après un festin. (Bearskin et Cash, 2006, communication personnelle.) Une femme âgée de la Nation Eeyou de Chisasibi, au Québec, a raconté cette histoire qu’elle a entendue dans sa jeunesse, peut-être en écoutant ses parents ou ses grands-parents.

 

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Dans cette histoire, un jeune et fier chasseur a commencé à jouer du tambour de chasse et à chanter au sujet des femmes du camp, qu’il considérait comme une partie très importante du mode de vie eeyou. Le jeune chasseur chantait son respect et sa reconnaissance envers les femmes qui accomplissaient de nombreuses tâches difficiles et importantes dans le camp. Car ce sont les femmes qui maintenaient le camp propre et y apportaient de l’eau, du bois et d’autres matériaux de la forêt pendant que les chasseurs étaient partis. Les femmes coupaient du bois, ramassaient des branches d’épinette pour tapisser le plancher du tipi, et écorchaient et préparaient les peaux d’animaux, tout en cuisinant la viande pour que toutes les familles puissent en manger. Le jeune chasseur le savait, et il chantait sa chanson pour exprimer son respect envers le rôle de sa belle-mère en tant que femme, mère et pourvoyeuse.

La belle-mère du jeune chasseur se leva et se mit à danser sur place, en tenant le poteau du tipi ou en se tenant simplement debout. La belle-mère se mit à danser en pliant et en dépliant les genoux au rythme du tambour de chasse et du chant du chasseur. De cette façon, elle montrait qu’elle était heureuse de recevoir cette expression du respect que son gendre éprouvait envers elle et de l’importance qu’il lui reconnaissait dans le mode de vie de la chasse. La belle-mère fut la première femme à danser sur la chanson de chasse de son gendre, mais peu après, d’autres femmes commencèrent à se lever et à danser sur la chanson, toujours debout.

Une tradition orale similaire provenant d’Eastmain, au Québec, raconte l’histoire de plusieurs femmes qui dansaient en cercle en tenant les poteaux du tipi et en pliant et en dépliant les genoux. (Louttit, 2005, communication personnelle.) Il s’agit là d’un très vieux récit transmis par une grand-mère à sa petite-fille et on ignore si des tambours ou des chants accompagnaient les danseuses, dans l’histoire. Pour lire le récit de Jason Coonishish au sujet d’une danse féminine, cliquez sur ce lien.

 

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 Les Aînés eeyous de la baie James nous disent que les tambours de chasse et les chants de chasse avaient plusieurs fonctions. D’abord, elles permettaient aux chasseurs de communiquer ou d’exprimer le désir que les animaux qu’ils chassaient, comme l’orignal, le caribou ou l’oie, se fassent connaître et apparaissent aux chasseurs. Les chasseurs chantaient ces chants afin de réussir à trouver les animaux une fois la chasse commencée sur les terres. Chaque chasseur créait ses propres chants qui lui appartenaient en propre. Aucun autre chasseur ne pouvait chanter ses chants. Ainsi, les chants de chasse revêtaient un caractère très personnel pour chaque chasseur, car ils parlaient de l’amour, du respect et de la reconnaissance que le chasseur avait pour les animaux, essentiels aux ressources alimentaires de chaque chasseur. Des chants de chasse pourraient également être entonnés après une chasse ou après un festin pour témoigner du respect en rappelant la mémoire des animaux qui s’étaient donnés aux Eeyous pendant toute une saison. Si vous souhaitez en apprendre davantage sur cette tradition telle que vécue par monsieur et madame Etapp, cliquez sur ce lien.

 

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Les chants de chasse servaient aussi à demander que le temps soit temps clément avant une chasse ou que l’eau soit calme pendant que les Eeyous traversaient des rivières ou des lacs dans des canoës chargés. (Kawapit, 1974, enregistrements sonores de CMH.) Les Eeyous ont aussi chanté pour décrire l’excitation de descendre en canoë des rapides abrupts et dangereux ou pour se vanter de leur habileté à utiliser une longue perche pour guider le canoë en toute sécurité à travers les forts courants des rapides. (Louttit, 2006, communication personnelle.)

On se chantait aussi de tels chants à soi-même pour invoquer ses aides spirituels et pour demander de la force, de l’assurance et de l’habileté à la chasse. Un fils de chasseur se souvient que son père chantait une chanson pour communiquer avec ses aides spirituels lorsqu’il fallait se sortir d’une situation grave. (Awashish, dans Richardson, 1991 : 5-6.) Ce scénario s’est produit lorsque leur bateau a dérivé du côté opposé des rapides, les laissant échoués sur une petite île. (Ibid.) Cette fois-là, le bateau du père et du fils était chargé de toutes leurs haches, de leurs fusils, de leur tente et des provisions de nourriture nécessaires à leur survie. Ils étaient en danger de mort. (Ibid.) Cependant, le père a utilisé ses compétences de survie en forêt pour fabriquer un petit radeau à partir d’arbres morts et de longues bandes d’écorce pour attacher solidement les troncs. (Ibid.) Le père a chanté cet appel aux esprits, puis il a traversé les rapides en ligne droite en utilisant une perche, et il a réussi à récupérer le bateau. (Ibid.)

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